La C.N.T. est une organisation qui se reconnaît dans les orientations du mouvement anarcho-syndicaliste et syndicaliste révolutionnaire. Pour avoir oublié que les luttes sociales sont un aspect de la lutte des classes, le syndicalisme réformiste est dans l'impasse : défense d'un prétendu intérêt général, qui est celui de l'entreprise, de la nation, chauvinisme, corporatisme, bref collaboration de classe. La CNT (Confédération Nationale du Travail) essaie de développer un syndicalisme différent. Longtemps ignorée et marginalisée, elle émerge aujourd'hui forte des expériences accumulées, pour dire bien fort que le pire n'est pas fatal et qu'il n'est pas trop tard pour agir autrement...
 
Objectifs et fonctionnement
 
Pour la C.N.T., l'analyse est tout autre. L’émancipation des travailleurs n'est pas une question nationale, mais sociale, qui ne tient pas compte des frontières. C'est cette orientation fondamentale qui se concrétise dans l'action de la C.N.T.
Contre les agressions quotidiennes du patronat et de l'Etat, la C.N.T. est partie prenante de l'action pour organiser la défense des intérêts immédiats des travailleuses et des travailleurs. Cependant, contrairement aux spécialistes de la division et du cloisonnement, nous ne limitons pas le terrain de cette lutte au seul cadre de l'entreprise, car l'oppression patronale et étatique ne se limite pas à l'entreprise. Elle embrasse l'ensemble de l'espace social.
 
Les syndicats de la C.N.T. n'entendent pas réduire leurs actions à l'obtention d'améliorations ponctuelles : leur souci est de réaliser l'unité des travailleurs autour d'objectifs précis, concrets, mais aussi de contribuer à la lutte pour une transformation totale de la société, faute de quoi le syndicalisme se limite à n'être qu'un emplâtre sur une jambe de bois.
La volonté d'agir sur le terrain de l'action directe des salariés amène naturellement la C.N.T. à condamner toute pratique de collaboration de classe qui vise à faire accepter aux exploités les finalités du système.
Aussi, dans le secteur public comme dans le privé (sauf partiellement pour assurer une protection aux syndiqués lorsque les droits, dans le privé, ne sont pas respectés), la C.N.T. ne participe pas aux organismes de cogestion, c'est-à-dire d'auto-exploitation : comités d'entreprise, commissions administratives paritaires... l'objectif de ces structures n'étant pas d'oeuvrer pour l'émancipation des travailleurs, mais d'institutionaliser l'action syndicale.
La C.N.T. se distingue des syndicats réformistes par son organisation interne. Non seulement elle prône l'autogestion pour la société future mais elle tente de la mettre en pratique chez elle. Il n'y a pas à la C.N.T. de permanents syndicaux. Les personnes qui exercent des fonctions le font après leurs heures de travail. Ce sont les travailleurs, et eux seuls, qui prennent les décisions dans les assemblées generales des syndicats.
 
Les illusions de la croissance
 
Durant des années et des années on nous a bercé d'illusions : développement industriel, progrès social, accès des salariés à la consommation...
Le syndicalisme a pris de mauvaises habitudes : institutionnalisation, paritarisme, corporatisme et perte du sens de la solidarité. Eblouis par le miracle économique, les salariés ont progressivement laissé des spécialistes de la négociation gérer leurs intérêts à leur place. Les employeurs, eux, étaient trop heureux d'avoir affaire à des professionnels du syndicalisme plutôt qu'à des salariés toujours plus turbulents et imprévisibles...
Et puis crac ! Le chantage à la "crise", le retour en force du libéralisme, la fin de l'État-providence et voici où nous en sommes : coupure de la société entre chômeurs et précaires d'un coté, salariés de l'autre, et, pour ces derniers, course à la rentabilité, à la productivité, dérèglementation, fin des garanties, liquidation de la notion de service public, limitation de la protection sociale, dictature de l'économie. De cette situation, les politiciens de droite comme de gauche sont tous responsables. Exploitation sanguinaire du Tiers-Monde, destruction du milieu naturel par pollution industrielle ou nucléaire, commerce cynique de armes et militarisation de la société, bénéfices monstrueux des financiers et misère sans nom de ceux à qui est refusé même l'indispensable....
Est-ce là ce que nous voulons ? Ce monde hideux qu'on nous impose en même temps qu'on nous demande de le fabriquer, nous les salariés nous pouvons le refuser.
 
Redistribuer les richesses
 
Parce que nous fabriquons toutes les marchandises et assurons tous les services, il faut que nous organisions la production pour le bien de toute lacollectivité, et non pour le profit ou l’ambition démesurée de quelques-uns. C’est pourquoi le syndicalisme doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être : révolutionnaire, c’est-à-dire porteur d’un projet pour une société plus juste, plus égalitaire, plus libre... Aussi dans l’immédiat la CNT propose une pratique syndicale qui dépasse la cogestion frileuse de la société telle qu’elle est. Il s’agit, bien entendu, de défendre les intérêts immédiats des salariés.
 
La CNT, pour un autre futur
 
Il s’agit aussi d’ébaucher dès maintenant un autre futur, en adoptant une méthodologie syndicale en rupture avec les schémas hiérarchiques qui régissent notre présent. La CNT c’est l’effort militant à la place de la bureaucratisation ; c’est la solidarité interprofessionnelle à la place du corporatisme ; c’est un syndicalisme libre de toute interférence politique. Pour la CNT, ce qui est fondamental, c’est que les gens décident pour eux-mêmes. Dans la section, dans lesyndicat, c’est l’assemblée générale qui décide de tout : pas de mots d’ordre parachutés, pas de « ligne » à suivre, pas d’arrière-pensées politiciennes... Et ce modèle est transportable aux luttes. Ce sont les salariés eux-mêmes qui doivent décider de la manière de les mener. Assemblées générales souveraines de tout le personnel impliqué, pas d’étiquette syndicale affichée, seul moyen d’éviter les querelles de clocher que nous n’avons que trop connues.
 
Plate-forme
 
Aujourd'hui, en dépit des progrès technologiques améliorant la productivité, le temps de travail des salariés n'a pas diminué, les cadences de travail se sont aggravées, et le nombre d'exclus du cycle de production ne cesse de croitre. Parce que la gestion de l'économie échappe à ceux qui en sont majoritairement les acteurs, les déséquilibres les plus aberrants s'accentuent :
1. la division internationale du travail intègre dans le système capitaliste de plus en plus de pays, en tant que pourvoyeurs de main-d'oeuvre à bon marché, de matières premières, de biens de consommation et de services ;
2. tandis que se développent l'exclusion et la matginalisation par le chômage, des petits boulots», etc., le travail reste une contrainte très forte pour la grande majorité des salariés ;
3. Les activités socialement inutiles se multiplient ;
4. Le gaspillage des ressources naturelles menace lourdement l'environnement.
Ces aberrations ne sont pas le résultat d'une quelconque fatalité : elles sont la conséquence du système capitaliste et de sa logique de profit. C'est pourquoi, pour la CNT il est plus que jamais urgent et nécessaire de rompre avec ce système. Dans cette perspective, notre confédération propose, dès à présent, des axes revendicatifs conforment à ses principes. Revendications et principes qui vont dans le sens d'une solidarité immédiate et internationale.
1. Le refus de la cogestion : le rôle du syndicat n'est pas d'être l'agent d'exécution ou de transmission de la logique patronale.
2. Lutter pour l'égalité des salaires. La hiérarchie salariale est en effet un facteur de division des travailleurs.
3. Autogestion des moyens de production et prise en compte de la finalité de cette production. Exemple : refus des industries nucléaires et reconversion des indutries d'armement.
4. Dans la mesure ou chacun participe, selon ses moyens, aux tâches socialement nécessaires, il va de soi
que chacun doit recevoir la part sociale correspondante à ses besoins
5. Droit au logement décent, et gratuité de la santé, de l'éducation, et des transports collectifs.
 

 
Revendications
 
1. La réduction du temps de travail à 30 heures par semaine, sans perte de salaire.
2. Le droit à la formation, de façon régulière, pendant toute la durée de vie active et au seul choix du bénéficiaire.
3. Le non-cumul des emplois et des retraites et des retraites décentes pour tous.
4. Le refus du travail de nuit, sauf dans le cas des services fondamentaux (santé, transports), et à la condition qu'il existe une compensation sous forme de journées de récupération.
5. La transformation de toutes les formes d'emplois précaires en contrats à durée indéterminée.
6. Le droit au congé parental d'éducation, pour les hommes comme pour les femmes, pendant au moins un an et sans perte de revenu.
 
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