Depuis plus de cent cinquante ans, la classe ouvrière cherche continuellement la voie qui la sortira de sa condition d'objet à produire et à consommer. Elle cherche le chemin qui la dégagera de l'oppression du patronat, de l'Etat, et du salariat, pour maîtriser elle-même les outils de production et de distribution, et permettre à chaque individu de diriger sa vie et de se réaliser complètement. Nous savons tous maintenant que l'histoire est falsifiée, tronquée, et que des pans entiers en sont passés sous silence. La bourgeoisie pour se défendre a fabriqué sa propre histoire. Les marxistes quant à eux, ont décrit les événements à leur manière, ne voyant que ce qui se rapportait à leur propre théorie, selon les mécanismes d'une certaine dialectique et d'un matérialisme historique extrême. Bien des travailleurs sont encore influencés par ces déformations et mensonges, et on peut dire que le mouvement ouvrier a perdu une partie de sa mémoire.
 
La lutte séculaire entre exploités et exploiteurs a pris une amplitude menaçante. Le capital tout-puissant est repassé à l’offensive, sans vergogne, espérant presser les travailleurs comme de vulgaires citrons, pour ensuite mieux les jeter à la rue une fois toute leur force de travail donnée à vil prix. Les politiciens nous rebattent les oreilles avec leur démocratie, tarte à la crème du 20ème siècle, dont on oublie volontairement d’analyser ce que ce terme cache sur le plan sémantique. Quant aux travailleurs et aux chômeurs, leur faiblesse et leur désorganisation les rendent à la merci des dominants...
La confusion d’idées et de principes qui existe dans les rangs du mouvement ouvrier, le manque de clarté et de cohésion sur les buts actuels et futurs des opprimés, et leur division, s’ajoutent au désarroi de plus en plus important du monde du travail. Quand ce n’est pas le désintérêt des questions sociales et la résignation pure et simple qui priment.
 
Nous venons d’assister à la chute du communisme autoritaire qui se basait sur une hypertrophie du socialisme étatiste, et qui était régenté par une clique ne pensant qu’à faire perdurer et accroître ses privilèges. N’oublions pas non plus que le régime lénino-trotskyste du début de la révolution russe a servi de matrice au stalinisme qui lui a succédé...
 
Contre l’offensive d’un capital d’un coté, et les politiciens de tous horizons (y compris les gauchistes) de l’autre, les anarcho-syndicalistes se doivent de raffermir et réactualiser leurs principes, afin que l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes devienne effective.
 
L’Etat n’a pas de plus sûrs alliés que les partis et les syndicats réformistes. Les ennemis de ces derniers sont la plupart du temps les mêmes que ceux de l’Etat. Sur des thèmes spécifiques, ils s’organisent en groupes, en comités, en association (AC, DAL), hors des partis et des syndicats, et selon un fonctionnement bien souvent proche de celui des libertaires...
Si les partis et les syndicats sont alors tentés de récupérer les thèmes mobilisateurs, ils continuent par ailleurs à faire l’apologie de l’outil de travail, de l’industrie militaire, de la hiérarchie, et de l’Etat... donc des valeurs du système dominant.
 
 
Et l’anarcho-syndicalisme et le syndicalisme révolutionnaire ?
 
D’abord si le syndicat jouait correctement son rôle, il n’y aurait ni coordinations ni une foultitude de comités. L’anarcho-syndicalisme, pour lequel aucun domaine ne doit être étranger, doit donc détruire l’image sclérosée et collaboratrice donnée par la CGT, FO, et la CFDT. La CFDT de Notat la « tsarine » est un syndicat jaune qui a pris la place de FO du temps de Bergeron. Quant à la CGT, qui pour entrer à la CES (Confédération Européenne des Syndicats) est prête à tous les compromis, elle ferait bien, avant de voir s’émietter un peu plus son effectif, de se demander quelles conneries elle a pu commettre pour recevoir un message de félicitations du patron des patrons français lors de son dernier congrès...
 
Les syndicats s’institutionnalisent de plus en plus en s’intégrant de jour en jour à l’Etat. Par le biais de subventions aussi diverses qu’astronomiques, les syndicats vont pouvoir - si cela continue - ne fonctionner qu’avec une armée de permanents rétribués comme fonctionnaires syndicaux inamovibles, sans avoir à se soucier du nombre de leurs adhérents qui ne deviendra que financièrement accessoire.
C’est sur les lieux de production que le syndicalisme naquit, parce que c’est là que les travailleurs prirent conscience de leur exploitation et de leur intérêt à se défendre (augmentation de salaires, amélioration des conditions de travail, respect de la dignité...). Le syndicalisme révolutionnaire n’était pas apolitique, mais contre les partis politiques. Aujourd’hui il en va de même, et le syndicalisme se doit d’être porteur d’un projet politique global en dehors de toute politique politicienne.
 
Dans un premier temps il devrait s’atteler à se réapproprier tout ce qui avait été mis en place dans le cadre des bourses du travail à leur origine, ce qui réactualisé donnerait :
- le contrôle de l’emploi par les syndicats
- l’organisation de tous les aspects culturels (bibliothèques, spectacles, cinémas, vidéos, logiciels non marchands, loisirs...)
- la formation continue : cours de droit, d’économie, d’histoire, d’informatique, de dessin...
- la possibilité de se faire soigner dans des cliniques appartenant au syndicat (hospitalisation, soins dentaires, kiné...)
- la création de coopératives (production, consommation, imprimerie...)
- etc.
 
Parallèlement, le syndicalisme doit grâce à l’action directe (c’est-à-dire l’action des travailleurs eux-mêmes...), sans chefs ni bureaucratie, préparer la gestion directe de la société de demain au profit de tous, et instaurer de manière évolutionniste un milieu social qui assure à chaque individu le maximum de bien être et de liberté adéquat à chaque époque. L’homme est doué d’une conscience imaginative, et il doit supprimer les systèmes hiérarchiques de dominance qui sont à l’origine de tous nos maux. Il doit par conséquent apprendre à connaître les bases générales du comportement de l’homme en situation sociale, ainsi que les causes qui ont abouti à la structure présente de notre société. Le syndicalisme libertaire peut aider l’homme dans cette démarche. Nous savons aussi qu’un individu ou un groupe social n’ont qu’une finalité : le maintien et le renforcement de leur structure. Alors accordons nos violons pour que les moyens d'arriver au communisme libertaire, notre finalité, ne soient pas en contradiction avec celle-ci.
 

 
Le Groupe Libertaire Jules Durand tient ses permanences le 3è mardi de chaque mois dans les salles de l'Hôtel des Sociétés Savantes, 56 rue Anatole France au Havre.
Le Libertaire, BP 745, 76060 Le Havre cedex
E-mail : lelibertaire@wanadoo.fr