-
-
- Ce guide a pour but de permettre
à chacun, participant à des manifs ou des actions,
de comprendre chacune des périodes qui vont de l'arrestation
au procès, dans les cas où la police a décidé
de réprimer un certain nombre d'actions. Ce guide ne prétend
pas donner de recettes miracles et permettre la relaxe des éventuels
inculpés. Il n'entend pas non plus rentrer dans le débat
sur la culpabilité. Il veut essayer de permettre à
quiconque pris dans l'engrenage judiciaire, de s'en tirer au
mieux, sachant que la condamnation (à du sursis) est la
règle en matière de procès de manifestants,
et la relaxe ou la prison ferme sont l'exception.
-
- Le parcours
d'un(e) manifestant(e) inculpé(e)
- Ce texte ne prétend pas
donner de comportement impératif à tenir. En effet,
en matière d'actions collectives, toutes les attitudes
dépendent des circonstances et des rapports de force,
et il n'existe pas de règle idéale, théorique,
qu'il faudrait appliquer systématiquement.
Toutefois, cette réserve faite, des principes peuvent
se dégager de la pratique de manifestations ou autres,
principes généraux liés essentiellement
à la nécessité du collectif.
Ces principes, qui sont ceux de la maîtrise de ses actes
et de son environnement, peuvent permettre une force collective
surprenante et éviter des paniques suivies de débandades
et d'arrestations. Mais ils ne sont pas exhaustifs et ne prétendent
pas être la bonne et seule manière d'agir. Ils sont
simplement des indicateurs, libre à chacun d'en faire
ce qu'il veut : les règles sont bien sûr faites
pour être critiquées.
-
- Avant
de vous rendre dans une manifestation :
- - Tâchez
de vous renseigner à l'avance sur le parcours.
- N'emmenez pas de carnet d'adresses, d'armes (même pas
un opinel
), de drogues.
- Prenez des papiers d'identité et apprenez par cur
le nom et le téléphone d'un avocat.
- Votre tenue doit être la plus neutre et la moins voyante
possible.
- Pensez à prendre un foulard - pas forcément un
bandana rouge - contre les lacrymos (et éventuellement
pour vous masquer), ainsi qu'une capuche ou une casquette (quand
les lacrymogènes retombent...).
- Préférez des chaussures type baskets avec lesquelles
vous pourrez courir.
- Pour les yeux, évitez les citrons, le sérum physiologique
est par contre assez efficace.
-
- Dans les
manifs
- Arrivez groupés, partez
groupés, restez groupés et actifs. Pour la dispersion,
ce sont en général les organisateurs ou la police
qui décident la fin de la manif. Toutefois, lors de mouvements
sociaux, la rue appartient aux manifestants qui décident
parfois de continuer la marche après l'annonce de dispersion.
La manif cesse alors d'être encadrée et légale.
Il appartient alors aux participants de s'autogérer. Déplacez-vous
de façon compacte et mobile, en prenant garde de ne pas
tomber dans une souricière, c'est-à-dire que toutes
les issues soient fermées par des cordons policiers. Déterminez
alors vous-mêmes l'heure de votre départ collectif,
en fonction du rapport de forces. Ne restez ou ne partez pas
tout seul, c'est le moment privilégié des arrestations.
Apprenez à reconnaître les forces de l'ordre : CRS
(police) et gardes mobiles (armée) en uniformes, chargés
d'encadrer et de disperser la manifestation, BAC (Brigade Anti-Criminalité)
en civil, cow-boys chargés des interventions rapides et
des arrestations brutales ; et enfin RG (Renseignements Généraux)
en civil, police politique chargée de surveiller les réseaux
militants et les événements politiques. Méfiez-vous
des appareils-photo et des caméras qui pourraient ensuite
être utilisés contre vous. Les charges policières
ont pour but d'éparpiller les manifestants, de les effrayer
afin que la manif se disloque. Ne cédez pas à la
panique : mettez-vous en chaîne quand c'est possible, soyez
solidaires entre manifestants. Les charges policières
ont aussi pour but d'arrêter un certain nombre de manifestants
: personnes repérées ou ne courant pas assez vite,
I'arbitraire est total.
-
Le
départ en fin de manif
- Au moment du départ,
quelques règles élémentaires de sécurité
s'imposent. Tout d abord vérifiez que vos camarades sont
tous avec vous et prévenus du départ, puis déplacez-vous
discrètement si la manif est chaude, c'est-à-dire
par petits groupes peu éloignés les uns des autres.
Jetez ou cachez tout ce qui est marchandise volée, cagoule,
armes, gants sales. Il y a des risques de contrôles aux
alentours, mais aussi dans le métro et dans les gares.
Dans le métro, ne vous agitez pas trop et ne racontez
pas vos exploits à la cantonade, car vous pouvez être
arrêté pour flagrant délit à n'importe
quel moment.
-
- L'arrestation
- Parfois, lors de manifestations
"chaudes" et de mouvements sociaux importants, le préfet
décide de procéder à des arrestations immédiates.
A ce moment l'arbitraire commence. N'importe qui présent
sur les lieux alors que la police a décidé de procéder
à des interpellations peut se trouver arrêté,
tabassé et emmené au commissariat en contrôle
d'identité ou en garde à vue. Il faut à
la police un quota d'inculpés en contrepartie des "manifs
chaudes", pour cela, n'importe qui fera l'affaire. Lors
des arrestations, s'il y a encore de nombreux manifestants, tentez
d'exiger la libération des arrêtés. Lors
des charges où les CRS s'emploient à "nettoyer"
les places, ceux et celles qui ne courent pas assez vite risquent
fort une aventure judiciaire. C'est pourquoi il est conseillé
aux manifestants de rester groupés et compacts, en chaîne,
lors de ces charges afin de ne pas laisser la police rafler d'autres
manifestants ou bien vous mêmes. Si vous êtes interpellé
et seul au milieu des policiers, mieux vaut la fera mer tout
de suite, refuser de reconnaître tout ce qu'ils vous diront,
et attendre stoïquement la suite des événements.
Si vous êtes victime de violences lors de l'arrestation
ou du transport en fourgon, demandez immédiatement à
voir un médecin, relevez les numéros de matricule
des policiers présents. Si vous êtes plusieurs,
tâchez d'échanger vos identités et téléphones
afin de ne pas vous isoler si vous êtes incarcérés
notamment. De plus n'hésitez pas à faire part aux
autres d'un nom d'avocat que vous connaissez, ainsi que des conditions
de votre interpellation, des attitudes à avoir et des
suites éventuelles : garde à vue, inculpation,
procès.
-
- Au commissariat
- Vous pouvez être emmené
au commissariat, soit pour un contrôle d'identité
(4h), soit pour une garde à vue (24h ou 48h si renouvelée).
Vous allez alors être interrogé par un officier
de police judiciaire (OP1), qui va rédiger un procès-verbal
(PV). Celui-ci est une simple main courante si vous êtes
en contrôle d'identité. Si vous êtes en garde
à vue, par contre, ce PV sera utilisé lors du procès
si vous êtes inculpé, comme votre première
déclaration.
La règle, en matière d'action collective, est de
ne rien déclarer, c'est-à-dire de décliner
juste identité et source de revenus (ce qui est obligatoire),
puis de répondre " je n'ai rien à déclarer,
à toutes autres questions ". En effet, vous n'êtes
pas obligé de répondre. Dans un cadre collectif,
le risque de réponses contradictoires voire dangereuses
pour les autres fait préférer un silence collectif
(du moins dans cette phase).
- Si malgré tout vous choisissez
de répondre, faites bien attention aux questions des flics
et à vos réponses lors de la rédaction du
PV : tout ce que vous reconnaîtrez servira à vous
condamner ou à condamner d'autres (recoupement des diverses
déclarations). Ainsi il vaut mieux ne rien reconnaître
de ce qu'ils vous reprochent, et ne pas signer si le procès-verbal
ne correspond pas à votre version des faits. Normalement
vous pouvez le modifier autant qu'il vous plaira. Si vous signez,
veillez à ne laisser aucun espace blanc entre la déclaration
et la signature. En règle générale, il vaut
mieux ne pas le signer, quitte à le justifier devant le
juge après (" j'ai reçu des pressions des
policiers, j'ai été frappé, donc j'ai refusé
de signer, ce qui est mon droit ", " je suis innocent
", etc.).
-
- Vous êtes
arrêté et questionné après une action :
- - Refusez de répondre
à tout ce qui concerne la préparation, comment
vous avez été prévenu, quel était
le rendez-vous, etc.
- NE CITEZ
JAMAIS AUCUN NOM. Quand
vous êtes face à une question embarrassante, ne
répondez pas.
- La seule chose à laquelle vous êtes obligé
est de décliner votre identité et vos sources
de revenus. Une garde à vue, c'est un peu long, prenez
votre mal en patience et contrôlez-vous.
- Si vous êtes blessé, demandez à voir un
médecin qui vous établira un certificat médical.
- Si vous êtes plusieurs, essayez d'échanger vos
identités et téléphones avec les autres
gardés à vue pour organiser la défense après.
- Comptez-vous : ainsi si vous sortez vous pourrez savoir le
nombre et le nom des gens qui restent éventuellement,
les motifs d'inculpation et toutes infos utiles.
- Vous pouvez appeler un avocat à partir de la 20ème
heure de garde à vue. Sinon, vous pouvez demander avant
à prévenir quelqu'un à l'extérieur,
mais c'est un flic qui s'en chargera.
- Vous pouvez demander de la bouffe (payante), mais vous n'êtes
pas sûr de l'obtenir.
-
- Pour les mineurs,
la situation est un peu différente : les flics sont obligés
d'appeler chez leurs parents qui doivent venir les chercher au
commissariat.
-
- Devant
le procureur
- Le procureur (ou son substitut)
est chargé de décider du motif d'inculpation sous
lequel vous allez comparaître devant le juge. Vous serez
confronté à lui à la fin de la garde à
vue, généralement le lendemain de l'arrestation.
Il représente le Parquet, et c'est lui qui décide
s'il y a lieu de vous inculper ou non. C'est aussi lui qui décide
des motifs d'inculpation devant une chambre correctionnelle.
En général, lors des arrestations en manif, les
motifs d'inculpation sont : "outrage", "rébellion",
"violence à agent", "jets de projectile",
"dégradations", "port d'arme prohibée",
"vol". Il est conseillé de ne jamais reconnaître
aucun des actes qui peuvent constituer des délits (qui
sont fort souvent reprochés à des arrêtés
qui n'ont rien fait mais que le procureur a décidé
de poursuivre à titre d'exemple ou pour justifier les
éventuelles blessures de l'inculpé). Lors de votre
visite chez le procureur, vous aurez un nouvel interrogatoire
qui aboutira à un second procès-verbal. Il est
très important que le procès-verbal que vous établirez
chez le procureur, soit cohérent avec celui que vous avez
fait au commissariat ou le démente formellement, sinon
le juge vous coincera au tribunal en vous accusant de mentir.
Si vous voulez démentir le procès-verbal de l'interrogatoire
policier, précisez-le bien, et argumentez en expliquant
la tension de la garde à vue, et le fait que vous ayez
subi des pressions, mais que maintenant vous revenez sur ces
premières déclarations.
- Il arrive que le procureur vous
invite à rencontrer une assistante sociale. Vous n'y êtes
pas obligé, d'autant plus que tout ce que vous direz pourra
être utilisé contre vous au procès (ex: la
pratique d'un sport de combat contre un inculpé pour coups
et blessures lors d'un procès de décembre 1995).
-
- La comparution
immédiate (saisine directe)
- Le procureur décide de
la date de votre comparution devant le juge. La procédure
de comparution immédiate vous emmène devant le
juge environ 24h après les faits, sans vous permettre
de préparer une défense, de trouver des témoins,
un bon avocat. En outre, les peines infligées à
ceux qui passent en comparution immédiate sont souvent
plus lourdes (prison ferme) que pour ceux qui sont convoqués
plus tard, pour les mêmes motifs. Cette procédure
de comparution immédiate doit être refusée
par l'inculpé au début du procès, sauf cas
exceptionnel, mais le juge peut alors soit décider de
libérer l'inculpé et de lui donner un prochain
rendez-vous, soit de le placer en détention jusqu'au procès.
Vous devez alors faire plaider votre libération : I'avocat
doit faire une demande de mise en liberté en fournissant
des garanties de représentation au juge : certificats
de travail, d'étudiant, justificatif de domicile.
Les procès des manifestants inculpés à Paris
en décembre 1995 ont montré que les juges, agents
d'une justice de classe, faisaient passer en comparution immédiate
_ les chômeurs et les précaires et donnaient des
rendez-vous judiciaires aux étudiants et travailleurs.
Les quatre inculpés du Cash-Converter à Paris le
12 février
1998 ont été emprisonnés pendant 15 jours
après avoir refusé de passer en comparution immédiate.
Mais, le 26 mars, un mois après avoir été
libérés lors de la première audience reportée,
ils ont finalement eu des peines de sursis et de travail d'intérêt
général (TIG), et non des peines fermes, comme
cela aurait pu être le cas en comparution immédiate.
-
- Avec l'avocat
- Après la visite chez
le procureur, et si vous passez en comparution immédiate,
vous allez être présenté à un avocat
juste avant le procès. Soit vous aurez signalé
au procureur que vous avez un avocat, soit ce sera un avocat
commis d'office, c'est-à-dire de permanence ce jour-là
au Palais, souvent inexpérimenté, qui prendra votre
dossier au dernier moment parmi plusieurs autres. Ce qui est
sûr, c'est que l'avocat n'aura pas le temps de préparer
une défense. C'est à lui que vous devez demander
de reporter l'audience et de trouver des garanties de représentation
(certificats d'étudiant, de travail, de domicile) afin
qu'il puisse demander votre mise en liberté et que vous
ne soyez pas placé en détention préventive.
Pensez à avoir chez vous des certificats que vos parents
ou amis pourront trouver facilement si vous êtes inculpé.
Si vous êtes convoqué plus tard pour le procès
et remis en liberté, vous devez préparer votre
défense. Pour cela, il faut récupérer le
dossier d'instruction au tribunal (par le biais d un avocat),
le lire de la première jusqu'à la dernière
ligne, et accorder une attention particulière aux procès-verbaux
(PV) des policiers témoins à charge contre vous.
En effet, c'est sur ces déclarations que le procureur
a décidé de vous inculper et que le juge va vous
juger. Vous devez les critiquer en contestant leur version des
faits, et en adoptant une défense plausible et cohérente.
Pour étayer vos affirmations, il faut trouver des témoins
à votre décharge. Ceux-ci doivent avoir été
présents au moment des faits, et pouvoir expliquer la
situation de manière différente de la version policière.
Il faut qu'ils soient utiles, c'est-à-dire qu'ils amènent
des éléments qui démontrent votre absence
de culpabilité. Ils peuvent être écrits ou
oraux au moment du procès. Vous devez faire citer les
témoins oraux par un avocat, normalement quelques jours
avant le procès. Le fait d'avoir des témoins à
la barre est payant (l'argent étant versé au greffe
du tribunal). Le tarif est moins cher si vous présentez
vos témoins oraux au début de l'audience. L'avocat
est un spécialiste et un technicien : généralement,
c'est avec lui que vous préparerez votre défense.
Toutefois, I'avocat n'est pas plus apte que vous à juger
les enjeux et rapports de force : il ne doit pas vous imposer
une défense, mais vous aider à exprimer et défendre
vos actes et votre point de vue.
-
Devant le juge
- Vous rentrez dans le théâtre
comique. Avez-vous déjà remarqué combien
les rôles sont répartis dans ces chambres ? Aujourd'hui
vous êtes l'accusé. Etrange ? Comment sortir de
ce cauchemar 7 Tout d'abord en étant poli avec monsieur
le juge qui aime qu'on lui témoigne du respect, en étant
vêtu d'habits bourgeois pour faire croire que vous appartenez
à leur monde, en ayant une version des faits construite
et plausible, en ne vous laissant pas impressionner par un juge
retors ou franchement hostile, en ayant amené de respectables
témoins qui diront que vous n'avez rien fait et que vous
êtes très gentil. Si votre avocat est efficace,
il aura étudié le dossier et cherchera à
amoindrir les dépositions des flics qui en général
regorgent d'incohérences, mais tout cela n'aura qu'un
effet moindre sur l'avis du juge, qui, en bon défenseur
de la loi, prendra de toute façon toujours partie pour
sa police, et se ralliera généralement à
l'avis du procureur. Il faut comprendre que les procès
de manifestants sont généralement des mascarades
: le juge ne juge pas les faits qui sont reprochés au
manifestant, mais sa participation à une manifestation
qu'il faut réprimer. Généralement les procès
sont fabriqués sur les témoignages des policiers
qui ont procédé aux interpellations et doivent
donc les justifier. La question devient alors : le juge doit-il
faire confiance à un accusé qui nie ou aux représentants
de la loi que sont pour lui les policiers ? La réponse
est vite tranchée, sauf lorsque les avocats arrivent à
montrer les incohérences parfois énormes recueillies
dans les témoignages policiers. Parfois, le facteur temps
entre aussi en jeu. Ainsi, pour les mêmes délits
reprochés, les peines que la 23e chambre correctionnelle
de Paris a infligé aux manifestants du mouvement social
de décembre 1995 ont été quelques mois ferme
pour les comparutions immédiates, quelques mois de sursis
au début des procès reportés, et huit jours
de sursis pour le dernier jugé.
-
- Après
la condamnation
- Vous pouvez être condamné
à différentes peines. Celles-ci s'exécutent
ensuite sous le contrôle d'un juge d'application des peines
(JAP)
-
- 1. Peine
de prison ferme (incarcération)
- Si vous avez été
arrêté lors d'une manifestation, vous pouvez vous
retrouver en prison, soit en préventive, en attendant
d'être jugé ; soit en accomplissant une peine. Vous
serez sans doute dans une maison d'arrêt. (:'est soit le
juge correctionnel, soit le JAP, qui vous met sous mandat de
dépôt. Lorsque vous arrivez, rien ne vous est expliqué
par l'administration pénitentiaire (AP). Il faut donc
demander des explications aux autres détenus, pour toutes
les démarches et notamment pour la cantine et les autorisations
de faire entrer des fringues autres que le minimum. Normalement
les autres vous prêteront ce qui vous manque jusqu'à
l'arrivée d'un mandat. Ecrivez au plus vite pour prendre
contact avec l'extérieur, en expliquant tout ce que vous
savez du fonctionnement, notamment sur les permis de visite,
les jours de cantine, les possibles envois, etc., afin que tous
les problèmes pratiques soient résolus au plus
vite. Vous rencontrez un éducateur à votre arrivée
qui peut téléphoner à un proche, mais gardez
toujours en mémoire qu'il est salarié par l'A.P.
-
- 2. Peine
de prison avec sursis
- Vous ne serez
pas emprisonné. Toutefois, pendant un certain délai,
vous êtes emprisonnable.
- - Sursis simple : pendant un
délai choisi par le juge (jusqu'à 5 ans), vous
risquez d'accomplir cette peine de prison, si vous êtes
de nouveau condamné. Puis, au bout de ce délai,
vous serez délivré de cette condamnation.
- Sursis avec mise à l'épreuve (possible dans le
cas où vous avez déjà été
condamné) : la peine de sursis avec mise à l'épreuve
est plus restrictive : pendant une durée de 18 mois à
3 ans, vous êtes placé sous le contrôle judiciaire
du 1AP, et vous risquez d'être incarcéré
directement en cas d'arrestation, sans même comparaître
de nouveau devant un tribunal.
-
3. Peine de travail d'intérêt
général (TIG)
- C'est une peine complémentaire
au sursis, et non pas alternative. il s'agit de travailler gratuitement
entre 40h et 240h pour une collectivité publique, un établissement
public ou une association (ex : nettoyer les chiots d'un commissariat,
véridique). Quand vous aurez accompli la peine de TIG,
le sursis tombera. Vous avez le droit de refuser d'accomplir
ces heures de travail, censées réparer les torts
que vous avez causé à la société.
-
- 4. Amendes
- L'amende est une somme que vous
devez payer à l'Etat en réparation du tort soit
disant causé à l'ordre public. Elle peut être
assortie du sursis.
-
- 5. Dommages
& intérêts
- Ceci est une condamnation civile,
généralement suite à une plainte d'un flic
(souvent, celui qui vous a interpellé). Le montant varie
du franc symbolique à quelques milliers de francs, selon
le nombre de jours d'incapacité temporaire de travail
(ITT) dont a bénéficié le policier après
vous avoir interpellé
-
- 6. Inscription
au casier judiciaire
- La peine à laquelle vous
avez été condamné va apparaître dans
votre casier judiciaire. Celui-ci est découpé en
3 bulletins :
- - Bulletin n° 1 : réservé
aux autorités judiciaires, il contient le relevé
intégral des fiches du casier judiciaire.
- Bulletin n° 2 : il est réservé aux autorités
administratives telles que préfectures autorités
militaires, autres administrations. Plus restreint, entre autres
il ne comprend pas les peines de sursis lorsque le délai
est dépassé. Le juge peut décider de ne
pas faire inscrire la condamnation au bulletin n° 2 du casier.
- Bulletin n° 3 : il est réservé à la
personne qu'il concerne, ne peut être remis à un
tiers. Il comprend les condamnations à des peines de plus
de 2 ans de prison (ou moins si le juge a ordonné l'inscription
au bulletin n° 3), et les condamnations à des interdictions,
incapacités ou déchéances. Il est possible
de demander la non-inscription des peines sur les bulletins n°
2 et n° 3.
-
Les délit imputés
aux manifestant(e)s
- Généralement,
surtout si vous n'avez jamais été condamné,
vous prendrez une peine de prison avec sursis, parfois une amende
ou un travail d'intérêt général. Toutefois,
quand les juges décident de réprimer, les peines
de prison ferme peuvent pleuvoir. Ainsi en a-t-il été
au Tribunal de Montpellier en décembre 1995 notamment,
où plusieurs manifestants ont pris plusieurs mois de prison
ferme pour des délits mineurs (exemple ; un homme qui
avait reconnu avoir volé deux chemises a pris 12 mois
ferme, puis 18 mois ferme à l'appel).Il y a plusieurs
délits qui peuvent être reprochés à
un manifestant inculpé. Souvent, vous en avez plusieurs
pour le pris d'un, afin de vous coincer d'une façon ou
d'une autre.
-
- Le délit d'outrage est
le plus léger. Il correspond aux insultes reçues
par les flics dans l'exercice de leurs fonctions. Il est souvent
en complément à d'autres délits reprochés,
pour accentuer une impression négative de l'inculpé.
Toutefois, il peut à lui seul valoir une peine de prison
(avec sursis) de 15 jours à 3 mois, ainsi qu'une amende
(500 à15000 F) et/ou des dommages et intérêts
pour les flics outragés (et outrés).
-
- Le délit de rébellion
vous est reproché si vous vous êtes débattu
lors de l'arrestation ou si vous avez fait des gestes "inquiétants"
pour les policiers. Il donne droit à de la prison avec
sursis (de 6 jours à 6 mois), ou à quelques dizaines
d'heures de travaux d'intérêt général
(TIG).
-
- Le délit de port d'arme
prohibée (pour des couteaux, des mousquetons, des canettes
vides, des lacrymos) rapporte en général un bonus
de sursis. Cela peut arriver si vous n'êtes pas assez prudent
pour avoir laisser chez vous ces menus objets le temps de la
manif, ou si vous vous êtes fait attraper avec.
-
- Le délit de jets de projectiles
correspond à toute canette, caillou, objet contondant
non identifié, barrière lancé(e). Il vous
est reproché par les témoignages des flics, que
vous ayez atteint une cible quelconque ou non. II entraîne
généralement du sursis ou des TIG.
-
Le délit
de violence à agent est plus pernicieux, selon que le
flic blessé aura porté plainte ou non. Il peut
valoir très cher s'il est reconnu par l'accusé
ou si le flic est très abîmé. En règle
générale, les coups et blessures sont punissables
s'ils ont occasionné des arrêts de travail (ITT)
de plus de huit jours. Parmi les exceptions à cette règle,
les coups et blessures sur un policier en fonction sont punissables
pour moins de huit jours d'ITT (même zéro jour).
La peine peut aller de 2 mois à 2 ans de prison avec sursis
ou ferme si vous ne plaisez décidément pas au juge
ou si la pression sociale est suffisamment forte pour qu'il décide
de vous criminaliser. Les flics réclament en outre des
dommages et intérêts.
-
- Le délit de dégradation
de biens : casse d'Abribus, de vitrines, de voitures, de magasins,
de marchandises ou autres objets, est assez mal vécu par
les juges dans notre société capitaliste. Il y
a une distinction entre dégradation de bien public et
dégradation de bien privé. L'étendue du
délit de dégradation est assez vaste, puisqu'il
va du simple graffiti au sabotage. Il vous offre la prison ferme
ou avec sursis (1 mois à 2 ans) selon l'objet dégradé,
le nombre de personnes arrêtées et l'environnement
éventuel de luttes sociales, plus un bonus d'amende payable
à l'Etat et/ou des dommages et intérêts pour
le privé. Si le privé porte plainte, la peine s'alourdit
en général.
-
- Le délit de vol suite
à une manif, essentiellement lors des manifs étudiantes,
lorsqu'il y a pillage de magasins, est lui aussi mal vu, surtout
si vous vous faites attraper avec le fruit du larcin, et si le
commerçant porte plainte. Il est très important
de ne jamais reconnaître les faits qui vous sont reprochés
et basés sur des témoignages policiers. Les arrestations
dans les manifs se font toujours dans la confusion générale
autant pour les manifestants que pour les flics. Il est courant
que les inculpés aient été arrêtés
et "paient" pour des faits effectués par d'autres.
Il est même arrivé, en décembre 1995, qu'un
manifestant soit condamné pour avoir détruit un
Abribus Decaux, alors que les débats à l'audience,
et notamment une lettre de Decaux, certifiaient que l'Abribus
désigné n'avait pas été endommagé.
Les juges le savent très bien, vous devez donc toujours
jouer le rôle de l'innocent arrêté par erreur.
-
- Organiser
sa défense juridique
- Lorsque vous allez comparaître
au procès, le juge va vous interroger sur les faits pour
lesquels vous êtes inculpé, à partir des
déclarations de policiers. Pour lui répondre correctement,
il faut préparer une défense, c'est-à-dire
une version des faits construite et plausible, qui vous convient.
Il y a de multiples sortes de défenses, en fonction des
logiques et des circonstances. Ce qui est proposé ici
n'est qu'une piste. Le problème n'est pas que vous soyez
innocent ou coupable, mais que vous êtes accusé
par des représentants des forces de l'ordre et qu'il faut
vous défendre, bien qu'a priori votre parole vaille moins
que la leur devant un juge. Que vous niiez ou reconnaissiez,
vous serez condamné. Toutefois, le fait de nier de façon
construite et cohérente fait souvent planer un doute qui
allège la peine, comparativement au fait de reconnaître
les faits en espérant la clémence, logique suicidaire
au niveau politique et pratique.
- Mais cette distinction n'est
pas aussi catégorique qu'elle le parait. Ainsi, lors du
procès de Cash-Converter, plusieurs reconnurent avoir
fait une chaîne passant des marchandises vers le trottoir,
action symbolique qui ne s'apparentait pas à du vol. Ainsi,
ils ont nié non pas leurs actes, mais la qualification
juridique de vol. Cela était d'ailleurs d'autant plus
justifié que la chaîne de magasins Cash-Converter
n'avait pas porté plainte pour vol, craignant sans doute
que sa réputation en prenne un sale coup.
-
- Pour la défense, il est
commun de prendre un avocat qui plaidera pour vous au procès.
L'avocat est un spécialiste et un technicien ; généralement,
c'est avec lui que vous préparerez votre défense.
Toutefois, I'avocat n'est pas plus apte que vous à juger
les enjeux et rapports de force ; il ne doit pas vous imposer
une défense, mais vous aider à exprimer et défendre
vos actes et votre point de vue. Il est important que ce soit
vous qui preniez les décisions quant à la logique
de votre défense, après avoir écouté
et pesé les différents arguments.
- Pour organiser la défense,
il faut d'abord récupérer le dossier d'instruction
au tribunal (par le biais de l'avocat), le lire de la première
jusqu'à la dernière ligne, et accorder une attention
particulière aux procès-verbaux (PV) des policiers
témoins moins à charge contre vous. En effet, c'est
sur ces déclarations que le procureur a décidé
de vous inculper et que le juge va vous juger. Vous devez les
critiquer en contestant leur version des faits, d'abord mot à
mot. C'est-à-dire que vous devez lire attentivement chacun
des faits que le policier avance et y opposer votre version lorsque
vous n'êtes pas d'accord. Puis vous devez reconstituer
l'action au travers des différentes phases contenues dans
le PV, et déterminer les circonstances, la situation avant
l'interpellation, les faits qui vous sont reprochés, les
circonstances de votre arrestation contenus dans cette déclaration.
- Puis, s'il y a plusieurs PV
policiers (c'est souvent le cas), vous devez les confronter entre
eux afin de détecter des incohérences, voire des
contradictions entre les déclarations des différents
policiers. Après avoir fait cela, il faut dégager
une défense cohérente, qui puisse s'opposer à
la version policière des faits. Il y a plusieurs façons
de se défendre. Première distinction : nier ou
reconnaître les faits. En règle générale
il faut toujours nier, sauf s'il existe une preuve flagrante
contre vous. En effet, ainsi, vous pouvez éventuellement
bénéficier du doute, ce qui signifie exceptionnellement
relaxe, et souvent sursis. Nier implique la contradiction, la
contestation de la version policière.
-
- S'il existe dans le dossier
une preuve flagrante contre vous (empreintes sur arme par exemple),
vous pouvez alors vous défendre, soit en assumant pleinement
vos actes (malheureusement les juges n'apprécient pas),
soit en plaidant la légitime défense ou la folie
passagère, soit en détournant la qualification
juridique (comme pour le vol au Cash-Converter). Après
avoir choisi la logique de votre défense, il faut lui
faire intégrer la réalité des faits, de
manière cohérente. Vous pouvez par exemple reprendre
les différentes phases temporelles ou factuelles dans
les PV et y substituer votre version des faits, en fonction de
la défense choisie. Vous pouvez aussi faire un schéma
des rues puis un dessin décrivant l'évolution de
la situation, autant pour permettre à l'avocat (qui était
absent) de comprendre les faits, que pour vous permettre de reconstituer
l'ensemble des données et de trouver une éventuelle
issue.
-
- Pour étayer vos affirmations,
il faut trouver des témoins à votre décharge.
Ceux-ci doivent avoir été présents au moment
des faits, et pouvoir expliquer la situation de manière
différente de la version policière. Il faut qu'ils
soient utiles, c'est-à-dire qu'ils amènent des
éléments qui démontrent votre absence de
culpabilité. Ils peuvent être écrits ou oraux
au moment du procès. Vous devez faire citer les témoins
oraux par un avocat, normalement quelques jours avant le procès.
Le fait d'avoir des témoins à la barre est payant,
l'argent étant versé au greffe du tribunal. Le
tarif est moins cher si vous présentez vos témoins
oraux au début de l'audience.
-
Le soutien aux inculpé(e)s
- De tous les temps de la répression
politique, des comités de soutien ont vu le jour, pour
s'élever contre l'arbitraire du tandem police/justice.
On se souvient du célèbre Secours Rouge, qui, dans
les années 50-60, organisait des comités de soutien
dans les quartiers. Toutefois, depuis 20 ans, il n'y a pas de
structure permanente de soutien aux inculpés, avec des
avocats, des relais, des fonds, une grande capacité d'information.
Des comités locaux et ponctuels s'organisent à
l'égard des inculpés (souvent lorsqu'il y a un
mouvement social ou lorsque les arrêtés ont été
victimes de violences policières), plus ou moins radicaux,
plus ou moins efficaces. Ils ont toutefois le mente de sortir
les inculpés de l'isolement et la répression de
l'indifférence dont elle bénéficie généralement.
Ce texte veut permettre à chacun de pouvoir constituer
un comité de soutien s'il y en a le besoin, afin que partout
la résistance s'organise contre la répression.
-
- Le soutien
pratique s'effectue en plusieurs temps :
- Lors de l'arrestation de manifestants,
il faut commencer par demander à ce qu'ils soient relâchés,
avec un rapport de forces conséquent. S'ils sont emmenés,
il faut trouver des témoins de l'arrestation (manifestants,
passants et commerçants), prendre leurs noms ou leur donner
un numéro de téléphone. Puis noter l'heure
et l'endroit exact, les effectifs policiers et de manifestants,
les circonstances de l'arrestation, les éventuelles violences.
Si les médias sont sur place, informez-les immédiatement.
Après il faut prévenir un avocat des arrestations
et des circonstances, afin que celui-ci puisse localiser l'endroit
où ont été emmenés les arrêtés.
Il est nettement préférable de connaître
le nom d'un des arrêtés afin de savoir exactement
où ils se trouvent. Eventuellement, vous pouvez vous rendre
au commissariat où ils sont en contrôle d'identité
ou en garde à vue pour, soit demander leur libération
si vous êtes nombreux, soit essayer de leur faire passer
de la bouffe et montrer aux flics qu'ils ne sont pas seuls. Vous
pouvez essayer de glaner des informations mais il est peu probable
qu'elles viennent du commissariat.
-
- Le lendemain, si les arrêtés
ont effectué une garde à vue (24h), ils risquent
d'être inculpés et donc de passer en procès.
Deux possibilités : le procureur les relâche en
leur notifiant une convocation ultérieure pour le procès,
ou il décide de les faire passer en comparution immédiate.
Dans ce cas, l'inculpé passe devant une chambre correctionnelle
le jour même (c'est-à-dire le lendemain de l'arrestation),
sans avoir pu préparer de défense. Au début
du procès, le juge est tout de même tenu de demander
à l'inculpé s'il accepte la comparution immédiate
ou s'il demande le report du procès. Il est vivement conseillé
de refuser la comparution immédiate. Lors des procès
de manifestants, pour les mêmes faits reprochés,
le décalage dans les condamnations prononcées en
comparution immédiate ou à une date ultérieure
est impressionnant. Il peut passer du ferme au sursis (ou même
à la relaxe) si les avocats ont pu plaider correctement
en préparant le dossier. De plus, l'avantage de reculer
la date est de mettre de la distance avec les faits. Toutefois,
il faut savoir que le juge peut décider de garder l'inculpé
en détention provisoire jusqu'au procès. L'avocat
doit aller faire une demande de mise en liberté au juge,
en apportant des garanties de représentations, c'est-à-dire
un justificatif de domicile et si possible un contrat de travail.
-
- Il est important que le soutien
soit présent aux audiences des chambres correctionnelles
les lendemains de manifs chaudes, avec un avocat, afin de se
renseigner au greffe des chambres correctionnelles (flagrant
délit) sur les éventuelles comparutions immédiates
et l'identité des inculpés pour prévenir
les proches éventuellement, trouver des garanties de représentations
pour les mises en liberté, et puis bien sûr pour
assister aux audiences, relever les motifs d'inculpation, les
peines décidées, les éventuellement mise
en détention. L'avocat, quant à lui, rencontre
les prévenus peu de temps avant la comparution, il doit
leur conseiller de refuser la comparution immédiate, même
avec le risque de quelques temps en préventive, se renseigner
sur les éventuelles violences, demander à l'inculpé
où il peut se procurer les garanties de représentation.
Hormis l'importance des comparutions
immédiates ce jour-là, il faut aussi se renseigner
au greffe sur l'identité et le jour de comparution des
autres inculpés, éventuellement les rencontrer
lorsqu'ils sortent du dépôt afin de leur proposer
du soutien.
-
- Les jours
suivants, plusieurs prises de contact sont nécessaires :
- - Avec les inculpés,
par lettre ou par téléphone, afin de savoir s'il
veulent un avocat et s'ils ont un revenu suffisant pour les payer.
- Avec les avocats connus, savoir s'ils peuvent prendre en charge
certains des inculpés pour un prix réduit, en relation
avec le comité de soutien.
- Avec les témoins de l'action, pour leur expliquer comment
rédiger un témoignage et les mettre en relation
avec l'avocat.
- Avec les incarcérés (en préventive ou
accomplissant la peine) pour leur proposer un soutien financier,
des visites, leur faire connaître le soutien. Pour cela,
il faut se procurer les numéros d'écrou et écrire
une lettre. En effet le courrier est important pour le moral,
et aussi pour pouvoir régler nombre de problèmes
techniques. Attention: sachez que tout le courrier est lu auparavant
par l'administration pénitentiaire. 
- Le nom de la maison d'arrêt se trouve au greffe de la
chambre correctionnelle ou par l'avocat.
- Le numéro d'écrou peut être trouvé
par les services sociaux de la prison ou par l'avocat.
- Envoi de mandats. En prison, les prisonniers "cantinent"
pour pouvoir vivre. Or, toutes les transactions passent par l'Administration
Pénitentiaire, par voie de mandats. Pour envoyer un mandats
aux prisonniers, il faut aller à la poste avec de l'argent
liquide, le nom et le numéro de l'écrou du prisonnier,
le numéro du bâtiment et l'adresse de la prison.
Il vaut mieux centraliser l'envois de mandats à un prisonnier,
car au-delà d'une certaine somme, l'A.P garde le surplus.
- Linge et livres : Ils peuvent être déposés
à la prison, même avant d'avoir obtenu un parloir.
A cette occasion, la rencontre avec d'autres visiteurs peut vous
permettre de vous renseigner sur le fonctionnement de la prison.
Les livres doivent être non-cartonnés (couverture
souple). Il y a une liste précise du linge qui peut rentrer
dans la prison (généralement linge de corps et
de toilette). De toute façon, il vaut mieux trop emmener,
quitte à se voir refuser une partie, que pas assez. Pour
le reste, il faudra demander une autorisation selon le règlement
spécifique de la prison.
- Parloirs. Il faut aller demander un permis de visite au Palais
de Justice, soit au Greffe de la Chambre concernée, soit
apurés du juge d'instruction. Pour les membres de la famille
du prisonnier, il suffit de se présenter avec sa carte
d'identité et 3 photos d'identités. Sinon, il est
possible de demander un parloir en qualité de concubin.
Il faut aussi s'assurer que l'avocat à demandé
un parloir avocat.
-
- Après
l'urgence, l'organisation du soutien politique
- Avant toute chose, il faut que
les comités de soutien respectent la volonté des
inculpés, qu'ils soient libres ou emprisonnés.
C'est à eux qu'appartiennent les choix de défense.Il
faut savoir que la relaxe est exceptionnelle dans les procès
de manifestants. Les comités de soutien n'apportent pas
de recette miracle en matière de résultat du procès.
Leur but est d'organiser la solidarité politique aux manifestants
inculpés, en leur offrant un cadre de défense collective.
- - L'organisation de la défense
juridique. Elle se fait en relation entre inculpé, avocat
et comité de soutien, mais la décision appartient
à l'inculpé. Elle s'organise sur la base du dossier
d'instruction, avec la lecture des PV policiers notamment.
- Le relais médiatique, la transmission de l'information.
Pour cela, il faut rédiger un communiqué de presse
mentionnant les circonstances des arrestations et des procès,
le nombre des inculpés et les dates des procès,
et le faxer aux quotidiens et hebdomadaires locaux et nationaux
en leur laissant un contact téléphonique. Le mieux
est de savoir quels journalistes s'occupent de cette rubrique
et leur faxer directement. Ne pas oublier les agences de presse,
notamment l'AFP.
- La récolte d'argent pour payer les frais d'avocat, les
mandats. Celle-ci peut se faire par l'organisation de collectes,
de péages, de concerts ou de fêtes de soutien, _
éventuellement par une contribution de riches associations
subventionnées. Il peut être intéressant
d'ouvrir un compte bancaire pour recevoir les chèques.
- Les actions de soutien politique : actions, réunions
publiques dans les facs et les quartiers, manifs, rassemblements,
collages, tractages, pétitions, discussions.
- L'organisation du soutien pendant les procès ultérieurs.
Sachant les dates de procès, il faut essayer d'organiser
une mobilisation suffisamment importante pour que tous les procès
fassent salle comble, éventuellement des rassemblements
devant le tribunal. Pour cela, tracter largement les dates des
procès et des rendez-vous, harceler la presse jusqu'à
ce qu'ils diffusent les dates, répartir les personnes
sur les journées d'assistance aux procès.
-
Plainte contre les violences des
flics
- L'arme de la plainte contre
violence d'un agent est à double tranchant. Il faut savoir
en premier lieu qu'elle n'aboutit pas souvent, et que la procédure
est très chère et peut durer des années
avant que la plainte ne soit jugée. De plus, lorsque c'est
un inculpé qui porte plainte contre des violences policières,
il risque fort de se faire charger au procès et nécessairement
condamner, afin de justifier les violences dont il a été
victime. Par contre, lorsqu'un
témoin, qui n'est pas inculpé, porte plainte contre
les flics pour violence, et vient ensuite témoigner au
procès d'un inculpé et décrit la violence
policière dont il a été victime, L'effet
n'est pas le même, puisque les flics n'ont pas de moyen
de pression réciproque. Il faut savoir, qu'outre le fait
de déposer une plainte qui n'a que très peu de
chance d'aboutir, il peut être aussi efficace (et indispensable
avant le dépôt de plainte), d'aller faire un certificat
médical peu de temps après les faits, qui décrira
les éventuelles blessures et donnera une indication de
jours d'incapacité temporaire de travail (ITI).
-
- Modèle
d'un témoignage
- Un témoignage écrit
pour un procès en correctionnelle doit respecter une certaine
forme.
Il faut, d'une part, une photocopie recto-verso des papiers d'identité,
d'autre part un témoignage sur une feuille blanche datée
et signée, comprenant vos nom, prénom, date et
lieu de naissance, adresse, nationalité et profession,
et certaines formules consacrées :
" Je soussigné, certifie avoir été
témoin des faits suivants... "
" Je déclare n'avoir aucun lien de parenté
et n'être ni employeur, ni employé de la personne
en cause
"
" Je sais que ce témoignage va être produit
devant un tribunal, et que tout faux témoignage entraînerait
des poursuites pénales
".
En plus de ces formules, vous devez raconter votre version des
faits, votre perception de la situation : éventuelles
violences policières, oublis du type absence de brassard,
et non-déclination de la qualité de policier. Vous
devez aussi parler des faits reprochés à l'inculpé,
et affirmer sa non-culpabilité.
-
- Présentation
du C.A.M.I
-
- Le CAMI
(Collectif d'Aide aux Manifestant(e)s Interpellé(e)s s'est
constitué en décembre 1995, pour faire face à
la répression qui touchait les manifestants attrapés
par la police. Il a pu trouver des avocats, de l'argent, un soutien
des étudiants et lycéens grévistes qui ont
été assistés aux procès. Il a organisé
des débats, des fêtes de soutien, des concerts.
Après le mouvement, il s'est mis "en veille",
pour être réutilisé lors de la répression
des soutiens aux sans-papiers en septembre 1996. Mais, lors de
nombreuses manifestations à Paris ou dans d'autres villes
(notamment lors des manifs anti-FN) il y a eu d'autres inculpés,
qui ont parfois pris de lourdes peines sans avoir été
défendus correctement ni bénéficié
d'un mouvement de soutien politique.
-
- Lors du mouvement des chômeurs
et précaires de 1998, le CAMI a été réactivé
après les arrestations et les incarcérations de
manifestants présents lors d'une action contre un magasin
Cash-Converter à Paris. Le CAMI a alors été
pris en charge par une partie des personnes participant au mouvement,
de façon multiple et assez efficace, la nouvelle s'étendant
loin, suscitant d'autres actions contre les Cash-Converter de
nombreuses personnes présentes lors des audiences, les
fonds utilisés pour les mandats et les avocats étant
remplacés par d'autres venus de partout. Sur l'affaire
proprement judiciaire, les 4 inculpés ont passé
deux semaines en prison préventive après avoir
refusé la comparution immédiate, puis ont été
relâchés lors de l'audience du 26 février
1998, reportée un mois plus tard à cause de l'absence
des flics. Lors du procès le 26 mars 1998, ils ont tous
été condamnés à des peines de sursis.
Les 2 inculpés poursuivis pour atteinte aux personnes
(des flics), ont été plus sévèrement
condamnés (pour violence, avec7 mois de sursis avec 2
ans de mise à l'épreuve ; pour aide à la
fuite avec 4 mois de sursis et 120h de TIG), alors que les autres,
inculpés pour atteinte aux biens (vol et dégradation),
ont été tous deux condamnés à 3 mois
de sursis et 100h de TIG.
- Puis a été innovée
une autre méthode (qui n'a pas vraiment fonctionné).
Pour le procès de Napoléon, repéré
grâce à son bicorne dans l'amphi de l'Ecole Nationale
Supérieure occupée le 7 mars 1998, il a été
proposé que toutes les personnes présentes lors
des faits et arrêtées après (300) rédigent
un témoignage écrit devant servir à relaxer
Napoléon. Malheureusement, il faut croire que la parole
des personnes présentes vaut bien moins que celle de deux
gendarmes qui se contredisent : il a été condamné
pour avoir jeté une canette en verre à moins de
deux mètres contre un premier gendarme, celui-ci parant
de son bouclier, la canette pénétrant alors sous
la visière du casque du gendarme suivant, lui fracturant
le nez. En sachant que le second gendarme ne se rappelle de rien,
n'a rien vu et presque rien senti !
-
- Le CAMI, structure informelle
bénéficiant d'un compte en banque et du soutien
de - quelques - bons avocats, ne fonctionne évidemment
pas à l'échelle de la répression des mouvements
sociaux. C'est un outil qui peut être utilisé et
efficace dans le cadre d'actions collectives, dans la mesure
seulement où les personnes participant à ces actions
prennent en charge la défense collective des personnes
inculpées lors de ces actions.
-