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- Le groupe libertaire Jules Durand
se compose d'individus appartenant à diverses catégories
socio-professionnelles : personnels hospitaliers, dockers, étudiants,
chômeurs, instituteurs, métallurgistes, travailleurs
intérimaires. Certains d'entre nous sont syndicalistes,
d'autres non. Ce qui nous réunit alors, c'est de pouvoir
discuter et mettre en commun davantage ce qui nous rassemble
que ce qui divise. C'est une certaine conception de la synthèse
anarchiste. Loin d'être figées et monolithiques,
nos conceptions des idées libertaires se doivent d'être
fédérées afin d'oeuvrer au bien commun,
tout en laissant chaque individu responsable de ses propres propos
et de ses actes. Autour du Libertaire,
journal local à diffusion nationale, nous faisions part
à nos lecteurs d'une certaine actualité, de réflexions
anarchistes, et de l'évolution de nos recherches concernant
l'histoire du mouvement anarchiste et du mouvement syndical au
Havre. Nous n’avons cependant ni religion ni dogme en la
matière...
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- Pour ceux qui ne connaîtraient
pas l'anarchie, nous demandons aux curieux de dépasser
les éternels clichés concernant notre philosophie
et notre projet de société libertaire, et faisons
nôtres les paroles d'Elisée Reclus, géographe
anarchiste du siècle dernier : « Amis, le mot anarchie
vous effraie. Vous nous blâmez de nous en servir et d’empêcher
ainsi les gens bien intentionnés mais timorés,
de venir à nous. Vous nous blâmez surtout de nous
être placés complètement en dehors de l’Etat
: la voie de l’évolution légale vous paraît
de beaucoup la plus sûre. Le socialisme révolutionnaire
vous semble redoutable. [...] Dans le royaume de la fable, tous
les jardins merveilleux sont gardés par quelque dragon
féroce. Le dragon qui veille au seuil du palais anarchique
n’a rien de terrible, ce n’est qu’un mot, mais
s’il en est qui se laissent effrayer par lui, ce serait
sans doute en vain que nous essaierions de les retenir ; des
hommes qui reculent devant un vocable auraient-ils jamais la
liberté d’esprit nécéssaire pour étudier
la chose elle-même ? Hélas ! ils en resteront à
leurs préjugés, à leur routine, à
leurs formules, et continueront à parler de l’ «
hydre sociale », dans les termes choisis du jargon officiel.
» Le but que nous poursuivons n’est pas chimérique.
Nous laissons les candidats au pouvoir vanter leurs panacées.
Ces marquis de la politique font, au travers de l’Etat,
leur cour aux souverains du monde que sont les gros patrons nationaux
et transnationaux. Des années, des siécles peut-être
nous séparent de la révolution sociale et libertaire,
mais nous n’en travaillons pas moins avec confiance à
l’œuvre commencée par nos prédécesseurs.
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- Jusque récemment, les
libertaires havrais qui sont réunis au sein du groupe
Jules-Durand, participaient à la rédaction et à la
confection du journal à parution mensuelle « Le Libertaire
» diffusé par la MNPP. « Le Libertaire » nous
permettait d’éditer (ou rééditer) des
brochures diverses, sans oublier la publication des deux tomes de
l’ « Histoire oubliée et méconnue du
syndicalisme havrais ». Le journal qui était sans
édito, laissait à ses collaborateurs le soin
d’aborder une certaine actualité ; les brochures nous
permettaient d’étudier d’avantage les
problèmes de fond ; et les livres eux, nous ont permis de nous
replonger dans nos racines et en faire ainsi connaître la trame
sociale et historique au niveau local. C’est tout un patrimoine
que nous voulions transmettre pour mieux appréhender les
problèmes du présent, en espèrant influer à
nouveau sur les luttes sociales à venir, et redonner
l’espoir d’un autre futur par une large diffusion de notre
projet de société libertaire. Dans
l’immédiat, nous comptons réediter le Libertaire
sous forme électronique ainsi qu'éditer un
troisième livre pour clore ce dernier volet de l’ «
histoire oubliée et méconnue du syndicalisme havrais
(1939-1962) », ainsi qu’une brochure sur l’histoire
du mouvement anarchiste au Havre des origines à nos jours ;
n’oublions pas non plus les traditionnelles parutions concernant
les grands thèmes ou les grandes figures de l’ anarchisme.
Cependant nos activités ne se cantonnent pas uniquement
à l’édition. Nous avons récemment accueilli
Maurice rasjfus pour un débat sur son livre « La
police hors-la-loi », les dockers de Liverpool lors d’un
meeting à la fin de leur conflit, Jacky Toublet (syndicat
des correcteurs) pour un débat sur le projet d’économie
libertaire, et Serge Livrozet que nous avions invité pour
participer à la nuit contre l’exclusion organisée
par AC. Nous sommes aussi présents sur le terrain par
la réalisation et la diffusion de tracts ponctuels, et
en nous intervenons d'une manière générale
dans toutes les luttes sociales sur Le Havre (les licenciés
d’Auchan par exemple, nous rendent régulièrement
visite dans nos locaux). Plusieurs de nos compagnons ont été,
ou sont encore actuellement, à la pointe de divers conflits
locaux : enseignement, chômage et précarité,
soutien aux sans-papiers, et lutte contre le racisme et le fascisme.
- De la pensée découle
l’action qui elle-même agit sur la pensée...
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- IDEES
RECUES SUR L'ANARCHISME *
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- Sans doute parce que nous dérangeons
pas mal de gens - les autoritaires évidemment, mais aussi,
les résignés ou les satisfaits de la société
actuelle - on nous prête toute une panoplie de «défauts».
Essayons d'en recenser quelques-uns et de les démonter.
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- Les anarchistes sont des
terroristes.
Le «terrorisme» anarchiste a existé à
une certaine époque (fin du 19ème ), mais il est
à restituer dans son contexte : d'une part, les auteurs
d'attentats pensaient précipiter la révolution
et faire naître l'esprit d'initiative dans la population,
d'autre part et surtout il était une réponse à
la terreur et à la misère imposée par la
classe dirigeante. En réalité, il était
minoritaire. En société «démocratique»,
parce qu'il existe une relative liberté d'expression,
l'acte terroriste n'a pas lieu d'être. De plus, les anarchistes
refusent de se constituer en avant-garde, ils sont aux côtés
des opprimés. On ne change pas la société
avec de la dynamite pas plus qu’on n’en instaure une
autre avec de la violence. La grève expropriatrice et
gestionnaire est beaucoup plus notre «credo» (occupation
des usines, puis faire tourner les machines via la gestion par
les travailleurs au profit de la population).
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- Les anarchistes sont des
marginaux.
Certains ne veulent nous voir qu'en clochards, par refus de la
société de consommation, sinon nous ne saurions
prétendre à «l'étiquette» d'anarchistes!
1. un clochard ne vit pas hors du système. Il dépend
de la charité et consomme... Ce n'est pas plus anarchiste
qu'être salarié.
2. Nous ne visons pas le nivellement par le bas ou le partage
de la misère, mais bien au contraire le bien-être
pour toutes et tous au Nord comme au Sud, c'est-à-dire
- au minimum - un logement, de la nourriture et des vêtements
décents. Vivre bien implique un certain niveau matériel,
cela ne signifie pas être productiviste à tout crin,
ne nous méprenons pas. A Partir d'une aisance matérielle,
on peut profiter plus largement des autres formes de richesses
: relations sociales, arts, science, farniente, réflexion,
culture...
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- Les anarchistes sont contre
l'organisation.
L'humain est un animal social, il ne peut vivre seul. Il est
nécessaire de s'organiser. Les anarchistes, ayant comme
but une société sans Etat, dans laquelle l'épanouissement
maximum est assuré à chaque individu, il est logique
que nous nous organisions. L'absence d'organisation, c'est la
loi du plus fort. Ce n'est en rien anarchiste. En nous organisant,
nous pouvons faire plus de choses qu'en bidouillant chacun de
notre côté. Nous ne sommes pas contre la société,
mais contre certaines formes de société, celles
dans laquelle une minorité - ou une majorité d'ailleurs
- en exploite une autre. Nous voulons l'égalité
et la liberté pour tous, pas pour une classe ou un parti...
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- Les anarchistes critiquent
tous, et ne proposent jamais rien.
1. Nous ne critiquons pas pour le plaisir de critiquer mais parce
que nous aspirons à mieux. Nous sommes ainsi contre l'armée
parce que nous voulons la paix ; parce que l'armée défend
les privilèges des dirigeants (Etat et bourgeoisie) ;
parce qu'elle est un gaspillage d'argent et de cerveaux voués
à la préparation de la guerre. Elle est socialement
inutile, et même nuisible.
2. Bien des choses existant dans cette société
sont d'inspiration anarchiste: les mutuelles, les coopératives,
la mixité à l'école...
3. En Ukraine en 1919, en Espagne en 1936, en Hongrie en 1956,
il y a eu des expériences libertaires et autogestionnaires.
4. Nous avons des pistes pour un projet social. Tout prévoir
est dogmatique car nous ne pouvons préjuger de ce que
seront les possibilités et les envies des gens dans le
futur. Il est ici impossible de dessiner ce que pourrait être
une société anarchiste ; je vous renvoie aux militants
et aux livres pour plus de précisions. Voici néanmoins
quelques mots-clés : gestion directe, fédéralisme,
communisme libertaire.
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- Les anarchistes sont des
petits-bourgeois individualistes.
Je crois que ce qui précède en fait le procès,
mais reprécisons: l'anarchisme est à l'origine
un courant issu du socialisme, le socialisme révolutionnaire
fédéraliste ou anti-autoritaire (par opposition
au socialisme autoritaire marxiste ou social-démocratie).
Nous sommes aussi individualistes, mais dans le sens où
nous voulons le libre épanouissement de chacun. Nous sommes
à la fois pour l’autonomie individuelle et pour le
communisme (partage égalitaire des richesses collectives,
de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins),
et nous combattons pour une société sans classes
sociales. il existe des individualistes totaux, ceux-là
n'ont rien à voir avec nous, anarchistes sociaux.
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- Les anarchistes sont de doux
rêveurs.
Qui sont les rêveurs? Ceux qui crient que le capitalisme
basé sur la compétition, le profit donc l'exploitation,
puisse apporter bonheur, ou ceux qui ont pris conscience que
cette organisation sociale et ses valeurs sont vouées
à une impasse, avec la misère et la précarité
qui se généralisent à côté
de riches jouisseurs protégés par les flics? A
la compétitivité et à la charité,
nous opposons l'entraide et la coopération. L’entraide
favorise l'émulation, la stimulation, l'initiative individuelle,
en préservant l'égalité. En concurrence,
il y a peu de gagnants et beaucoup de perdants.
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- Anarchistes, nous travaillons
sur nous-mêmes ; nous nous éduquons pour démonter
les mécanismes de domination de cette société
(racisme, patriarcat, capitalisme, religion, dogme, ordre moral,
politique). Nous essayons d'avoir des rapports libertaires avec
les autres. Parce que non né en anarchie, l'anarchiste
travaille sur lui/elle pour créer de tels rapports avec
son entourage. Parce que cette société est oppression,
il/elle se révolte, s'insoumet, et s'organise pour la
renverser. Il/elle veille aussi à ses choix de consommation.
Les doux rêveurs ne sont-ils pas plutôt ceux qui
remettent leur sort entre les mains des politiciens, qui font
une action politique en mettant juste un bulletin de vote dans
une urne? Ceux-là se livrent pieds et poings liés
aux dominateurs de toute obédience.
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- Ces critiques nous parviennent
en général de ceux qui ont des privilèges
à défendre, de ceux qui sont ou qui aspirent au
pouvoir (de l'extrême-droite à l'extrême-gauche
en passant par le centre!), ou de ceux qui ne font rien pour
justifier leur apathie. Et pourtant, tous auraient intérêt
à l'anarchie ! Les derniers, parce que vu «l'évolution»
du capitalisme, il est fort possible qu'ils fassent partie des
«exclus», en tout cas des précaires dans un
prochain avenir. Les premiers parce que être privilégié
ou primer le pouvoir, c'est toujours vivre sous la menace de
le perdre (même si les médias et la police encadrent
bien la population actuellement). L'anarchie, c'est une société
sans classe ni Etat. C'est l'abolition des privilèges.
c'est la fin de l'autorité (politique, économique,
morale et religieuse). C'est plus que l'égalité
de droit, c'est l'égalité économique et
sociale. C'est le développement de la personnalité,
c'est l'autonomie de l'individu. C'est la libre association,
c'est permettre à chacun d'être acteur de la vie
sociale. Ce n'est pas le meilleur des mondes, c'est un monde
meilleur.
* Texte envoyé
au Libertaire par Stéphane de Lorient
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- Le Groupe Libertaire Jules Durand
tient ses permanences le 3è mardi de chaque mois à 18
heures, salle des Sociétés savantes, 56 rue Anatole
France au Havre. Pour tout contact : Le Libertaire, BP 745, 76060 Le
Havre cedex / E-mail : lelibertaire@wanadoo.fr