précedents congrès et préparation congrès du Havre
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Présentation des congrès ouvriers (I)
Le travail que vous êtes en train de lire à démarrer alors qu’avec Patrice Rannou nous rassemblions les documents pour « Les origines méconnues et oubliées du syndicalisme havrais ». Au Musée Social, à Paris, nous avions trouvé un curieux manuscrit, difficilement lisible, sur les Congrès ouvriers au Havre en 1880. Et puis le projet à peine esquissé est resté sagement en plan. Ce manuscrit s’appuyait essentiellement sur le compte rendu publié par le Petit Havre supplément à l’époque du journal Le Havre. Nous avons retrouvé les comptes-rendus originaux dont le manuscrit conservé au Musée Social s’écarte sensiblement.
Précédents congrès et préparation du Congrès du Havre
L’ambiance de la préparation du congrès de 1876 n’est rien moins que tendue. Les républicains dit modérés ont réussie avec l’amendement Wallon (15 janvier 1875) a réaffirmer la République face aux monarchistes de toutes obédiences. Cette République est fragile et pour ce concilier les ouvriers un programme de lois sociales et un ambitieux projet d’éducation voient le jour. Il y a aussi, toujours annoncée toujours reportée, l’amnistie des faits de la Commune. Mais pour le moment la répression des tentatives de reconstruction de l’International voir de la moindre allusion à son existence est réprimée, et cela durera jusque dans les années 1880 (procès dit des « 66 » à Lyon en 1883)
Dans ces conditions c’est un Congrès modéré dans ses propositions qui se tient. Des débats et résolutions des 360 délégués (255 de Paris et 105 de province) se dégagent une nette volonté électoraliste avec une représentation ouvrière en opposition à « la bourgeoisie avec laquelle » disent certains orateurs « la classe ouvrière a jusqu’ici fait route commune mais dont elle doit désormais s’émanciper »
On voit ainsi apparaître une volonté d’émancipation économique et sociale et l’idée qu’aucune conciliation n’est possible avec le capital. Noté la résolution sur la coopération présenté par Julien Dupire. Résolution qui après avoir fait le tour des positions pour ou contre exprimées dans le Congrès conclu :
« Enfin, d’après d’autres systèmes exposés, le capital social ou l’outillage social, ce qui est la même chose, ne doit pas être approprié ni par les individualités, ni même par des groupes d’individus ; mais il doit, en vertu des principes de solidarité si hautement affirmés aujourd’hui, être la propriété impersonnelle, indivisible et inaliénable de la masse des travailleurs… »
« La majorité de la commission comme la plupart des orateurs qui ont parlé sur ce sujet, est d’avis que l’Association de l’avenir doit reposer sur l’institution syndicale. » Et continue plus loin après s’être prononcé en faveur de l’Association coopérative comme moyen radical d’affranchissement du travail et de la suppression du paupérisme : … « Ce qui nous frappe surtout dans les institutions sociales qui nous régissent, c’est l’antagonisme d’intérêt qui existe entre chaque membre de la Société ; c’est cette bataille générale de la vie, cette lutte de tous les jours, de tous les instants, dans laquelle ne triomphent que les plus habiles, les plus intelligents, les plus forts et les plus rusés « Dans cette situation, les éternels principes de la justice et de l’équité sont à tout instant violés au nom de l’ordre, au nom de la société, et souvent même au nom de la loi. Ceci est évidemment le résultat de l’application prolongé du principe de l’individualisme qui nous régit dans le fonctionnement des institutions actuelles, au lieu et place du fécond principe de solidarité que nous professons tous, mais que nous ne pratiquons pas. »
Pour les congressistes l’émancipation de la classe ouvrière passent par la coopération sur sa triple forme : de production, de consommation et d’organisation du crédit mutuel.
Des trois points, le plus nécessaire, l’organisation du crédit fera toujours défaut empêchant tout développement d’envergure. Les délégués du Havre le soulignerons dans leur rapport : « Il existe aussi quelques caisses de crédit ; malheureusement elles sont trop souvent détournées du but pour lequel elles ont été créées. Et puis, disons-le, ceux qui pourraient leur venir en aide aiment mieux, on se demande pourquoi, acheter des Mexicains ou des obligations Turques. !!! » Il n’y a pas là simple boutade, dans l’esprit du public il y a les banqueroutes des sociétés de crédit mutuel fondées à la fin du Second empire. Il est indéniable aussi que la majorité des délégués est acquis à l’idée de la participation électorale. Mais, on le constate à la lecture du compte-rendus, avec des nuances et des méfiances à l’encontre de la délégation de pouvoir que l’on retrouvera au Congrès du Havre. Les positions variant de l’illusion de la conquête du pouvoir à la possibilité d’influer simplement sur la bourgeoisie républicaine voir à l’utilisation du mandat parlementaire à des fins de propagande.
Enfin soulignons que deux délégués firent l’objet d’un débat l’un était Barberet fondateur au lendemain de la Commune d’une Union ouvrière qui bien que s’occupant uniquement de question d’apprentissage fut immédiatement interdite. Barberet devenu dans l’intervalle fonctionnaire au bureau des associations du ministère de l’Intérieur se vit interdire toutes interventions. L’autre, représentant une association d’instituteur libres et laïques, fut finalement accepté est participa aux débats.
L’assemblée va se séparer en désignant Lyon comme lieu du congrès suivant à charge pour les associations ouvrières de cette ville de former une commission ad hoc pour sa préparation, et en nommant une commission chargée d’exécuter les vœux et décisions du Congrès de Paris. Les commentaires et réflexions sur ce Congrès tant des blanquistes réfugiés à Londres que des Internationaux de Suisse mérite d’être soulignés. Ainsi alors que dans une brochure « Les syndicaux et leur congrès » rédigé par Edouard Vaillant il n’y a que mépris et insultes pour les congressistes, les Internationaux plus au fait de la situation déclare dans le Bulletin de la Fédération jurassienne – 8 octobre 1876
« Ce que peuvent penser et dire les meneurs actuels nous préoccupe médiocrement : ils seront bientôt dépassés, et nous verrons les ouvriers parisiens, à mesure que la situation se dessinera mieux, marcher de l’avant avec les événements. En tout cas ce réveil qui se produit en France est des plus réjouissants. Qui l’eut osé espérer, que cinq ans après l’écrasement de la Commune les prolétaires de France auraient déjà relevé la tête au point d’aller s’affirmer en un congrès à Paris ? C’est là un fait énorme. Le temps fera le reste. »
Quelle est l’importance de l’International ?
Divers groupes sont en contacts avec la Fédération jurassienne. Surtout à Paris, Lyon et dans le Midi. Un congrès clandestin de la section française de l’A.I.T. se tiendra à la Chaux de Fond (Suisse) les 19 et 20 août 1877. Son organe sera, du 2 juin 1877 à décembre 1878, l’Avant-garde rédigé par Brousse et Pindy. Lui succédera Le Révolté en février 1879 dont les principaux collaborateurs seront au départ Dumartheray, Kropotkine et Herzig.
Les résolutions de ce congrès aux nombres de six avaient trait aux cotisations, au mode d’organisation, à la représentation de la Fédération française au Congrès général de l’Internationale et au Congrès de Gand, à la participations aux mouvements populaires, et aux grèves. Voici le texte de quelques résolutions :
2e résolution –Le congrès considérant que les moyens de propagande varient avec les milieux dans lesquels s’agitent les sections, et respectant le principe d’autonomie proclamé dans le programme, laisse à chaque groupe le soin de choisir le moyen de propagande qui lui convient. Cependant il recommande à l’attention des sections les moyens suivants : Pour les villes, une active propagande par le livre, le journal, la brochure ; pour les campagnes, l’entrée, dans les métiers qui voyagent, de socialistes dévoués ; partout, dès que la force de l’organisation rendra la chose possible, la propagande par le fait possible.
3e résolution – La Fédération française décide qu’elle profitera de tous les mouvements populaires pour développer dans les limites du possible son programme collectiviste et anarchiste, mais elle invite les groupes qui la composent à ne pas compromettre leurs forces au profit de la victoire d’un parti bourgeois. /…/ 6e résolution – Dans les cas où des grèves éclateraient dans les contrées où les sections françaises ont de l’influence, les sections de la Fédération française devront profiter de la circonstance pour donner à la grève un caractères socialiste révolutionnaire, en engageant les grévistes à faire disparaître leur situation de salariés par la prise de possession de vive force des instruments de productions.
Nous ne devons pas exagérer le nombre des Internationaux ni minimiser leur influence la répression et la clandestinité ont ceci de particulier d’amplifier sans mesure une opposition. La période qui va de 1871 à 1880 en est une illustration.
Il va aussi se produire durant ces années une transformation au sein du mouvement anarchiste-collectiviste provoquée par la crise économique que va traversée l’industrie horlogère. Ce secteur est en effet l’épine dorsale de la Fédération jurassienne. Cela et les conditions de la clandestinité va amenée l’anarchisme prolétarien à devenir de plus en plus spéculatif. Mettant en quelque sorte sur le même pied le socialisme autoritaire, que Guesde essai d’imposer en France, et le courant libertaire. Force est de constater que la synthèse anarchie/mouvement ouvrier va être long à s’imposer de nouveau.
La volonté de certains d’apprivoiser, de travestir et/ou d’utiliser cette force qui du fait de la situation manque souvent de fermeté idéologique est patente. Certes nous ne devons pas négliger le fait que dans les périodes de liberté retrouver l’évolution des individus puisse être plus rapide : Jean Grave en est une illustration un temps associé à Guesde lors de la création de la deuxième série de l’Egalité, il s’en séparera rapidement.
La situation politique en France entre les Congrès de Paris (octobre 1876) et de Lyon (janvier 1878) est rien moins que mouvementée. L’amendement Wallon, voté à une voix de majorité, a établi la république mais les monarchistes de toutes obédiences et les cléricaux n’ont pas dit leur dernier mot. Le 16 mai 1877 l’Ordre moral essai de reprendre l’initiative. S’ouvre alors une période de réaction ou brimades et vexations se multiplient à l’égard des syndicats et associations. Un certain découragement gagne les plus combatifs et brise un temps le développement des associations ouvrières. Passé ce moment de flottement la commission d’organisation décide de maintenir la tenue du congrès pour le 9 décembre 1877 approuvée en cela par un grand nombre de chambres syndicales. Sur l’entre fait les élections du 14 octobre donnent la majorité aux Républicains. Mac-Mahon tente de résister en formant, le 23 novembre, un ministère à sa dévotion. Le refus des Chambres de voter le budget va le contraindre à céder.
Mais devant la crise ouverte la commission a reporté au mois de janvier 1878 l’ouverture du congrès ouvrier.
Tenue du 28 janvier au 8 février ce congrès, qui rassemble 151 délégués dont 53 de Lyon, va durant douze jours débattre des 9 points suivant : Le travail des femmes ; les chambres syndicales et les associations ; les crises industrielles et le chômage ; l’instruction, l’enseignement professionnel et l’apprentissage ; de la représentation directe du prolétariat au Parlement ; des caisses de retraites à la vieillesse et aux invalides du travail ; du travail agricole et des rapports entre les ouvriers des villes et ceux des campagnes ; du vagabondage et des mœurs dans les centres industrielles ; des conseils de prud’hommes. Pour l’essentiel ce congrès fut la continuité du précédent mais un net mûrissement se vois dans ce deuxième congrès en effet si la coopération comme moyen d’émancipation reste omniprésent les critiques commence à se faire jour et elle n’apparaît plus que comme moyen et non fin de l’action ouvrière. Dans les débats surtout ceux centrés sur les chambres syndicales, les crises industrielles, et la représentation au parlement L’affirmation de l’impossibilité d’accord entre le capital et le travail et affirmé par plusieurs orateurs et que le but ultime de l’action des travailleurs organisés est l’abolition du salariat. C’est aussi à ce congrès de Lyon que l’anarchisme collectiviste fait son apparition avec Ballivet, Dupire et Calvinhac.
Intervenant dans le cadre de la troisième question (Crises industrielles et chômages) voici la conclusion de Calvinhac : « Mais comme à tous ces maux je me suis promis de vous indiquer un remède, laisser-moi vous dire que vous le trouverez dans la collectivité de toutes les exploitations, c’est-à-dire dans l’établissement de l’industrie et de la propriété collective (Applaudissement). « Avant de quitter cette tribune, Citoyennes et Citoyens, j’oubliais de vous indiquer ma pensée sur un sujet des plus importants et que beaucoup de nos collègues ont traité. L’Etat ! Combien en ont plein la bouche. Oh ! apprennons à nous passer de cet élément à l’égal de la bourgeoisie dont le gouvernementalisme est un idéal. Il est notre ennemi. Dans nos affaires, il ne peut arriver que pour réglementer, et soyez sûrs que la réglementation, il la fera toujours au profit des dirigeants. (Applaudissements.)
« On nous a dit, et avec raison : Serrez la main d’un galeux, il vous donnera la gale ? Eh bien ! soyez en persuadés, l’Etat est un être plus que galeux. (Rires et applaudissements.) »
Calvinhac était un curieux personnage. Trois ans après Lyon il se fera élire conseiller municipal et à sa mort en 1902 il sera député radical-socialiste de Toulouse…
Dupire, prenant la parole sur la 7ième question (rapports entre les ouvriers des villes et ceux des campagnes) va faire une synthèse sur la question sociale. Après avoir constater que la société était divisé entre deux camps irréconciliables d’un côté les exploiteurs et de l’autre les exploités, et expliquer cette situation par l’individualisme mettant en situation d’antagonisme permanent tout les intérêts sociaux des individus et dont il et clair que la solution ne peut être que la solidarité des mêmes intérêts, et que les principes de solidarité doivent se substituer aux principes de l’antagonisme général. Et ce démarquer de la solution coopérativiste dont il souligne les dérives et l’embourgeoisement Après avoir démontré que les trois quart des coopératives ouvrières montées après 1864 avaient du déposer leur bilan faute de capitaux et que le restant n’était associations ouvrières que de nom étant devenu la propriété de quelques sociétaires. Après avoir démontré que l’appropriation seul des outils ne suffirait pas à assurer l’émancipation ouvrière mais qu’il fallait aussi avoir la maîtrise de la matière première. Dupire continue : « La propriété collective du sol et des instruments de travail étant admise, par quels moyens en garantissons-nous la possession aux travailleurs ? C’est l’ensemble des institutions actuelles qui produisent les privilèges bourgeois. L’Etat qui ne devrait être que le conseil d’administration des intérêts généraux de la masse est l’instrument dont la bourgeoisie se sert pour nous exploiter. C’est donc dans l’avenir par le renversement de ces vicieuses institutions auxquelles il sera substitué une fédération libre des groupes travailleurs, que nous obtiendrons la véritable émancipation du travail. »
Une salve d’applaudissements accueilli la conclusion de cette déclaration.
Déjà avant lui Balivet dans le débat sur « la représentation aux corps élus » lui avait déblayé la route dans un discours préparé après le congrès clandestin de La Chaux de Fond avec l’aide de Brousse et de Kropotkine. Tout le texte est remarquable mais pour s’en tenir à l’essentiel rappelons qu’après avoir fixé la nécessité de l’appropriation collective non seulement des instruments de travail mais aussi des matières premières. Il détruit la croyance en une possible émancipation des travailleurs par l’action parlementaire. Le système parlementaire étant en fait l’instrument de régulation de la bourgeoisie. Son écrit sur l’illusion parlementaire mériterait d’être réédité intégralement. J’en donne ici un aperçu : … « Ne sommes-nous pas convaincus que la société actuelle repose sur une injustice économique et sur une tyrannie politique ? Ne savons-nous pas que la cause véritable de notre misère est l’accumulation dans quelques mains de tout la richesse sociale, matière première et instruments de travail, et ne voulons-nous pas mettre fin à cet état de choses en remplaçant le mode individuel d’appropriation par le mode collectif, c’est-à-dire la propriété individuelle par la propriété collective ? Ne savons-nous pas, en outre, que ce qui maintient cette injustice économique, c’est l’organisation politique centralisée, autrement dit l’Etat, et ne devons-nous pas être anti-autoritaires et anti-étatistes ?
« Les deux principes principaux qu’il faut propager, -nous ne parlons pas des autres,- sont le principe de la propriété collective et celui de la négation de l’Etat. Eh bien, pendant cette période électorale on ne souffle pas un mot de tout cela. Pendant une période électorale, il faut avant tout faire passer son candidat. Pour faire passer son candidat, il faut réunir toute les voix, celles des ardents et celles des timorés. Aussi que voit-on dans les programmes électoraux ? La boursouflure de la forme et le peu de radicalisme du fond.…. « Il est impossible de discuter sur l’opportunité de l’envoi des députés ouvriers au parlement sans se demander quelle est la fonction sociale de ce parlement. Si l’institution, en effet, ne vaut rien par elle-même, si elle produit le mal par sa seule force, nos camarades seront fatalement plus ou moins responsables de ce mal. Quelle est donc la fonction sociale d’un Parlement ?« Voici le fait matériel, visible pour tous : un parlement vote des lois et en organise l’exécution. Or, ces lois qu’il vote sont d’ordre politiques et d’ordre économique. Toutes ces lois économiques sont rédigées dans le sens de l’affermissement du principe de la propriété individuelle, c’est-à-dire dans un but de conservation des privilèges bourgeois.…. … « Je tacherai de dire, en peu de mots qu’elle serait la tactique que nous voudrions voir adopter par nos camarades ouvriers : Se tenir le plus possible en dehors de toutes manifestations de la sociétés bourgeoise ; Sur le terrain des corps de métier, poursuivre activement la formation de syndicats ; ces syndicats cependant ne devraient pas seulement se proposer la défense des salaires, mais l’abolition du salariat par l’appropriation collective de tous les moyens de productions ; Créer partout des cercles mixtes d’études sociale pour la propagande de nos principes ; fédérer de bas en haut ces syndicats et ces cercles ; étendre le plus possible leurs moyens d’action intérieurs et extérieurs ; tâcher de nous mêler à ce qui est le produit de l’activité humaine en nous inspirant directement du peuple et en tâchant de donner à ses efforts un but large et humain ; En un mot provoquer dans le sein même de la société actuelle l’organisation de la société libre de l’avenir ; de sorte que, le jour où le développement social amènera la mort de la société bourgeoise, la société nouvelle soit à côté toute prête pour la remplacer. (Applaudissements)
Si des oppositions apparurent contre les propositions de Dupire et Balivet ces derniers furent écoutés avec attention comme en témoigne le compte-rendu, et même applaudis preuve qu’une partie du Congrès partageait leurs opinions. L’hostilité manifestée par quelques congressistes le fut non seulement contre eux mai aussi contre le positiviste Isidore Finance.
Les partisans du collectivisme et de l’anarchie purent se compter sur les amendements aux résolutions présentés par Dupire et Ballivet sur la propriété et celui sur l’abstention présentée par Balivet. Sur la propriété : « Considérant : « Que l’émancipation économique des travailleurs ne sera un fait accompli que lorsque ceux-ci jouiront du produit intégral de leur travail ; « Que pour atteindre ce but, il est nécessaire que les travailleurs soient les détenteurs des éléments utiles à la production : matières premières et instruments de travail ;
« Conséquemment. « Le Congrès invite toutes les associations ouvrières, en général, à étudier les moyens pratiques pour mettrent en application le principe de la propriété collective du sol et des instruments de travail. » Sur la représentation aux corps élus :
« Considérant :
« Que la représentation directe du prolétariat au parlement nous obligeant à prendre une part plus active aux luttes politiques, il en résulte pour nous une dépense de force et d’argent qui pourrait être employée d’une façon plus utile ; « Que lors même que les travailleurs réussiraient –ce qui est douteux- à obtenir une imposante minorité au parlement, ils ne pourraient obtenir les quelques réformes qui leur sont le plus nécessaires qu’en contractant une alliance avec quelques fractions bourgeoises de ce Parlement « Que cette alliance ne peut se faire sans compromission pour les intérêts de ceux qui nous représenteraient, en particulier, et du prolétariat en général ; « Par ces raisons et pour d’autres énoncées dans le rapport présenté au Congrès par le citoyen Balivet ;
« Le Congrès : « Repousse –du moins quant à présent- le principe de la représentation directe du prolétariat au Parlement, comme étant inefficace pour arriver à la solution du problème social. »
Ces propositions seront bien sur rejetées par la majorité. Se rejet s’explique par le fait de leur nouveauté qui ne permettaient pas à certains congressistes de ce prononcés sur des points où ils n’étaient pas mandatés. La meilleure preuve que ce vote n’était pas un rejet total est que Ballivet fit parti de la commission exécutive du congrès.
Remarquons que la résolution proposée sur la propriété annonce celle prise au congrès du Havre.
Avant de ce séparer le congrès va prendre la décision d’un congrès international à l’occasion de l’exposition universelle de Paris en 1879. Prudent devant une possible réaction gouvernementale les congressistes décideront que le congrès national ordinaire se fera à Marseille.
////Sitôt rentré à Paris la commission d’initiative expédia une circulaire aux syndicats et groupes ouvriers pour préparer le Congrès international. Dès le début Jules Guesde est bien décidé à participer à ce congrès ouvrier malgré les règles énoncées en 1876 : « On devait, à tous prix, éviter que des politiciens, des hommes théoriques, ne vinssent égarer les esprits, les diriger, et se servir du congrès comme d’un tréteau pour des opérations électorales et politiques ».
J’ouvre ici une parenthèse : Aucun théoriciens du socialisme, qu’il soit autoritaire ou libertaire, n’est d’origine ouvrière. Proudhon étant l’exception qui confirme la règle, mais même lui a eu un parcourt scolaire et universitaire normal. Tous que ce soit, pour citer les plus connus Fourier, Saint-Simon, Cabet, Marx, Owen, Reclus, sont d’origine bourgeoise, et même, comme Bakounine et Kropotkine originaires de la noblesse. L’intention des militants ouvriers qu’ils soient manuels ou intellectuel n’est pas de rejeter l’apport de ces penseurs mais de refuser de servir de tremplin à des ambitieux. Ainsi l’affirmation : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » prend tout son sens. Cette volonté fut confirmée par la section française de l’International lorsqu’elle refusera d’accepter le correspondant, un journaliste du nom Emile Lefort, que Marx via le Conseil général essaya de lui imposer. Ies demandes pour un accès au congrès pour les groupes non-ouvriers, ou pour reprendre l’expression employée, que je cite d’après Léon Blum, « entre le travail musculaire et le travail cérébral », n’auraient peut-être pas eu de succès sans l’aide involontaire du gouvernement. Le président du Conseil Dufaure, déjà à l’origine de la loi de 1872 contre la section française de l’International, interdit le congrès.
Les organisateurs s’inclinèrent devant l’arbitraire. Ce qui ne faisait pas l’affaire de Guesde et de son projet. Aussi avec des personnalités dont, Isidore Finance, il s’entendit pour organiser une réunion internationale. Celle-ci devait se tenir au domicile de Finance mais au jour dit, le 15 septembre, la police interpella les présents à cette conférence pourtant privée. Le résultat de la répression qui suivie fut de propulser Guesde au premier plan. Un compagnon, Jeallot, comprit dans les trente-neuf accusés fit une profession de foi anarchiste devant le tribunal.
A cela va s’ajouter l’élection de Blanqui à Bordeaux invalidé il est finalement gracié le 11 juin. Outre cela ce qui va façonner la physionomie du congrès de Marseille se sera le formidable développement associatif qui se fait depuis 1877/78 et de l’afflue de militants plus dans « l’air du temps » que réellement formés. Ce sera aussi le ralliement brusque de Brousse au parlementarisme qui va jeter la perturbation dans les esprits.
Ce congrès s’ouvre le 20 octobre 1879 avec 130 délégués dont 53 de Marseille, 11 des Bouches du Rhône, 16 de Paris, le reste des délégués représentants 29 localités. Très vite le congrès va prendre une tonalité différente de ceux qui l’ont précédés. Dès la première séance, sur la proposition de la commission d’organisation, l’assemblée décide pour l’avenir que le titre des congrès sera désormais : Congrès Ouvrier Socialiste de France.
Durant douze jours les participants eurent à débattre des dix points suivant : De la femme, des chambres syndicales, des associations, de l’enseignement et de l’apprentissage, du salariat, de la représentation aux corps élus, de la propriété, de l’impôt et de la rente – du libre échange et de la protection, de la question sociale.
Sur les sujets déjà traités par les précédents congrès il y a peu à dire. La conclusion du débat sur la femme l’égalité entre les sexes fut reconnue et cela malgré quelques esprits attardés.
Sur les chambres syndicales après avoir tracé les lignes de leur action un plan d’organisation et de fédération fut esquissé. Pour assurer pleinement le droit d’association l’abrogation des articles du code les restreignant fut posé.
En revanche le débat sur les associations vit une décente en flamme des coopératives comme but de la révolution ; les congressistes reconnaissant néanmoins leur utilité pour la préparer.
Notons que si en 1878 la lettre envoyée par la Fédération Andalouse de la Fédération Régionale Espagnole avait semé l’effroi parmi les congressistes qui majoritairement refusèrent de l’insérer dans les procès verbaux. A Marseille l’adresse de la Fédération Jurassienne fut acceptée sans problème.
Dans le cadre de la discussion sur la propriété fut proposé et adopté la constitution « d’un parti ouvrier dont l’organisation doit se faire par la fédération des chambres syndicales, des groupes d’études sociales, de consommation et de production, à la condition qu’ils soient exclusivement ouvriers. »
Sur la propriété une motion fut déposé par une soixantaine de délégués dont Marie et Jean Grave et qui se concluait par ces mots : « L’appropriation collective de tous les instruments de travail et force de production, doit être poursuivie par tous les moyens possibles. » En observant le rapport sur la résolution finale créant une Fédération du Parti des Travailleurs Socialistes le constat de défiance à l’égard de la représentation parlementaire n’a d’égale que la masse d’illusions contenue. En effet les précautions prises par les congressistes pour contrôler les élus ramènent celui-ci au mandat impératif, conseil est ainsi donné « de le rendre aussi court que possible » !
Les statuts, après avoir affirmé que l’organisation était ouverte aux travailleurs socialistes des deux sexes, structuré la fédération en six régions aux limites non précisé dont les chefs-lieux furent : 1/ pour la Région nord : Lille ; 2/ Centre : Paris ; 3/ De l’Est Lyon ; 4/ Du Midi : Marseille ; 5/ de l’Ouest Bordeaux ; et en sixièmes De l’Algérie : Alger. Il était précisé que chaque région tenait ses propres congrès. Tout adhésion devait être transmise au Comité général par le comité régional. La fédération tenant chaque année un congrès où tout les groupe pouvait se faire représenter. Le congrès devant se tenir à tour de rôle, en un centre de chacune de ces régions. Enfin à la fin de sa tenue le congrès nommait un comité de 19 membres chargé de l’exécution de ses décisions (éditions des procès verbaux, création d’un journal –La Fédération-), et devant se mettre en rapport avec toute la fédération. On voit que l’on était loin d’une organisation centralisée. Le dixième article stipulait que les statuts pourraient être modifiés à la fin de chaque congrès. Toutefois, demande devra être faite au comité général exécutif, deux mois avant son ouverture. On est indéniablement en face d’une structure fédéraliste libertaire.
Après avoir choisi Le Havre comme lieu du congrès suivant repoussant ainsi la tenue d’un congrès international à Genève ; le congrès avant de se séparer adopta une résolution présentée par 61 participants qui stipulait les conditions d’admissions au congrès du Havre.
La presse havraise a été peu disserte sur le congrès de Marseille, par contre la préparation et la tenue du congrès du Havre sera l’occasion de nombreux comptes-rendus et articles notamment dans le journal « Le Havre ». Si les débats à Marseille étaient restés dans les limites d’une relative courtoisie malgré quelques incidents avec le public un net clivage était apparut entre les modérés et les révolutionnaires. Et entre ces derniers les divergences vont très vite apparaître dans le débat sur la participation aux élections. La rupture ne sera pas immédiate en février 1880 Grave participe même à l’administration de l’Egalité qui vient de reparaître. Mais cela ne dure guère dès avril 1880 se crée l’alliance socialiste révolutionnaire qui regroupe les anarchistes parisiens. Dans le même temps se crée une Fédération Ouvrière (modérés). En province la Région de l’Est sous l’influence de Julien Bernard et d’Anselme Bordat se déclare abstentionniste ainsi que la Région Midi. En revanche celles du Nord et de L’Ouest s’affirme modérées.
La vie syndicale du Havre est dominée par la personnalité d’André Lyonnais né au Creusot en 1842. Licencié de son entreprise pour avoir assisté à un enterrement civil en 1871 il trouve une place de comptable aux Ateliers de Construction navales du Havre. Les raisons de son renvoi, dans une ville républicaine progressiste, vont créer autour de lui un réseau de sympathie aussi est-il contacté dès 1874 pour être présent sur une liste aux élections municipales. Proposition qu’il rejette à cette époque ne se sentant pas préparé selon ses propres termes. Son éloquence et ses talents d’écrivains le font remarqué et surnommé le « petit Mirabeau » ou le « petit Gambetta » En 1876 il est l’auteur sous le pseudo de Maxime C… d’une brochure « Libres propos d’économie politique et sociale » En janvier 1878 il est présenté sur la liste républicaine par un comité républicain de la métallurgie qui n’est autre que le syndicat de Métallurgie qui a changé de dénomination pour la circonstance. Ce qui fait dire à leurs adversaires que le syndicat, crée le 1er janvier 1877, l’a été uniquement pour les élections. Bien que n’étant pas syndiqué Lyonnais va être à l’origine de la création de la plupart des syndicats havrais de l’époque, de 1878 à 1879 cinq se forme. Se sont outre le syndicat de la métallurgie déjà cité : les menuisiers, les charpentiers en bâtiment, les maçons et plâtriers, les tailleurs de pierre et granitiers, et enfin l’annonce de la création d’un syndicat de tonneliers dans le journal Le Havre du 25 décembre 1879.
Le 27 janvier les chambres syndicales du Havre se réunissent. Sont présents la métallurgie, les maçons, les couvreurs, journaliers (port), voiliers, charpentiers en bâtiments, charpentiers de navires, tailleurs de pierre, menuisiers et peintres. Soit neuf chambres syndicales.
La commission préparatoire s’organise entre quatre sous-commissions (recherche d’un local : Chatelin, comptabilité : Barette , secrétariat : Nonorgue, et propagande Risseto). Les autres membres de la commission préparatoire sont : Desmaret, Victor Defrance, Lebreton, Loiseau, Pimont, Drouet, Nonorgue, Paquerault, Marie, Stil, Dumesnil, Fourel, Gaucher, Colombel et Gérard. Date est prise du 8 février pour la réunion suivante.
« Le Havre » du 31 janvier rende compte d’une réunion des chambres syndicales tenues le 12 janvier. Sont absents de cette réunion les charpentiers de navires ; tonneliers et voiliers. La parole est donnée à Lyonnais et Onfroy pour rendre compte de leur mandat municipal. Sur la question posée aux syndicats présents par Lyonnais de savoir si les présents acceptent l’engagement pris entre les métallurgistes et les citoyens Lyonnais et Onfroy, Loiseau, de la chambre syndicale des couvreurs, intervient pour dire que la réunion ne doit pas être politique. Dans la discussion Barette observe que Lyonnais n’est membre d’aucun syndicat. Sur cette remarque Lyonnais pose alors sa candidature au syndicat de la métallurgie où il sera admis un mois plus tard par 32 voix sur 41 syndiqués présents.
Le 7 février nouvelle réunion où Lyonnais réussit à se faire admettre et nommer président avec la charge de préparer le rapport d’ouverture du Congrès. Mais c’est la réunion du 8 mars qui met le feu aux poudres là André Lyonnais annonce clairement son intention d’utiliser la structure syndicale en marche pied électorale. Tout en jurant son opposition au quatrième Etat ! La réaction ne se fait pas attendre à peine le compte-rendu de la réunion publié dans Le Havre du 20 mars que les quatre comités Républicains de la ville dénonce, dans un article publié par la presse le 1er avril,ce qu’ils voient comme un détournement à des fins personnelles de l’action syndicale « … il ne craignit point, et ce au mépris des règlements et statuts qu’il invoque et traduit à sa guise, d’ériger la seule chambre syndicale existent alors en comité électoral. Oubliant qu’une association de ce genre, soucieuse d’obtenir des résultats féconds et durables devrait avant tout écarter de son sein les questions de partis. »
Il ne faut pas croire que les Comités républicains soient pour le respect de l’indépendance syndicale ! Il s’agit pour eux « d’abîmer la concurrence » qui se fait jour et pour cela tous les coups sont bons. L’allusion est faite que Lyonnais pourrait bien être payé par ses employeurs pour assurer la paix sociale. Ennuyé par la polémique L’entreprise des constructions navales licencie Lyonnais… il se trouve que parmi les actionnaires de l’entreprises on comptes les principaux négociants de la place par ailleurs maîtres occultes des Comités… La duplicité n’est pas chose nouvelle dans le monde du capital.
Désormais la vie politique locale va être dominé par la préparation du congrès, des municipales, et des législatives à venir. Le 26 avril conformément aux résolutions de l’assemblée du 8 mars les Chambres syndicales se réunissent. Environ 800 adhérents sont présents pour seize Chambres syndicales (boulangers, calfats, charpentiers de navires, charpentiers en bâtiments, cordonniers, couvreurs, plombiers et zingueurs, jardiniers, journaliers du port, maçons-plâtreurs, menuisiers, métallurgistes,peintres, tailleurs de pierres, tailleurs de vêtements, voiliers. La discussion va rouler essentiellement sur deux points : nomination d’un délégué au Congrès du Centre et nomination de la Commission exécutive de l’Union fédérale des Chambres syndicales. Une discussion s’engage sur le procès verbal de la réunion du 8 mars. Barette revient sur les incidents qui l’ont opposé à Lyonnais et déclare qu’il n’a pas voulu faire de questions personnelles. L’assemblée repousse ses demandes de rectifications. Après un débat houleux l’assemblée adopte les questions retenues pour le Congrès de Paris : 1° Droit de réunion et d’association, 2°Questions sociales et économiques, 3° règlements des heures de travail, 4°la coopération, 5° représentation du prolétariat aux corps élus.
Le deuxième points : Composition de la Commission fédérale. Sur les seize Chambres présentent dix nomment leurs représentants. se sont : Charpentiers en bâtiments : Thiriot et Delié ; Métallurgie : Lyonnais et Barette ; Cordonniers : Lebigot et Debled ; Tailleurs de vêtements : Lemaître et Lefèvre ; Calfats : Lesaunier ; Jardiniers : Brocard et Remond ; Menuisiers : Godment et Martin ; Boulangers : Allais et Déchamps ; Couvreurs : Keller et Andel ; Tailleurs de pierres : Lepetit et Thomas père.
Le 29 mai la commission d’organisation annonce qu’elle a adressée des listes souscription pour couvrir les frais du futur congrès à « toutes les associations ouvrières de France, Chambres syndicales, Cercles Groupes d’études sociale, Société de production, de consommation, etc … » et annonce vu le retard apporté à la tenue des Congrès régionaux et le court espace de temps restant entre ces congrès et le Congrès national de reporter celui-ci de la date initialement choisi par le Congrès de Marseille qui était septembre au 11 octobre 1880, et que les séances se tiendront au Cercle Franklin la fixation de l’ordre du jour se faisant après la tenue des congrès régionaux.
C’est à Saint-Mandé, en banlieue parisienne au cours d’un discours prononcé à une réunion tenue le 22 juin par la Chambre syndicale des ouvriers apprêteurs en pelleterie et en fourrure que Lyonnais attaque ouvertement les tendances collectivistes : « Le Congrès du Havre sera l’arène où se rencontreront dans un combat décisif, les violents qui se déclarent prêt à tout détruire pour étayer, sur des ruines, leurs chimériques projets de réorganisation sociale et ceux qui ne demandent qu’à la justice de l’équité des améliorations à leur sort, ceux qui comptent sur le suffrage universel pour assurer la marche du progrès. On verra alors ce que représentent ces collectivistes-révolutionnaires, car que ceux-ci le sache bien, ils trouveront au Havre à qui parler ».
« Le Havre » annonce succinctement la tenue du Congrès local de la fédération des Chambres syndicales du Havre et de l’arrondissement dans son édition du 3 juillet. (Ce programme intéressant à plus d’un titre pour l’histoire du syndicalisme local est consultable en annexe I) Nous apprenons que Drouet a été désigné pour défendre le programme adopté. Ce programme affirme le soutien à la République radicale et repris les principaux thèmes des républicains modérés. Sur le terrain politique est réclamé la liberté de réunion sous la responsabilité des citoyens ; la fin du cautionnement en matière de presse « qui est un privilège exorbitant laissé aux possesseurs de capitaux » Sur le terrain économique, ils demandent la liberté d’association, « seul contrepoids à opposer aux entraînements du capital. » Enfin les buts affirmés du syndicalisme et cela doit être souligné, sont bel et bien l’abolition du salariat même si l’arbitrage et la concertation reste les moyens affichés pour résoudre les conflits.
Enfin au point de vue électoraliste sur la ligne de conduite à tenir ; il est constaté « que les travailleurs français n’ayant pas encore une organisation suffisante pour affronter la lutte dans les collègues électoraux avec leurs seules forces, les ouvriers du Havre estiment qu’il est sage, en obtenant une représentation proportionnelle à l’importance de leur concours, de s’unir aux diverses fractions du parti républicain. » C’est un net recule par rapport aux prétentions de Lyonnais début mars. Comme on le verra plus loin les comités républicains n’en modifierons pas pour autant leur attitude. La série des congrès régionaux a été entamée par la Région Ouest le 22 juin à Bordeaux. Congrès extrêmement modéré qui repousse par 50 voix contre deux et quelques abstentions la dénomination de Congrès socialiste révolutionnaire. Le Congrès de la Région Centre qui va s’ouvrir à Paris le 18 juillet sera suivi de celui du Midi et précédée d’une semaine par celui de l’Est. En août celui de la Région Nord sera a l’image de celui de l’Ouest. En revanche les Congrès de L’Est et du Midi vont -tout comme celui du Centre- se proclamer collectiviste mais, à l’inverse de celui-ci, ils seront majoritairement anarchiste et abstentionniste.
Le congrès de la Région Centre 18 juillet
« La même année, 1880, eut lieu le Congrès ouvrier, dit du Centre qui se tenait à Paris. Moi, Jeallot et un troisième camarade y fûmes délégués. /… / Nous avions pour mission, en outre, de demander que les délégués n’étant en fait, que les porte-parole des groupes, ne fussent désignés sous leur nom, mais simplement comme « délégués » de tel groupe. C’était un pavé dans la mare aux grenouilles. Cela ne pouvait faire l’affaire de la plupart de ceux qui étaient là pour se faire un nom. On nous accorda bien de ne pas figurer sous nos noms, mais on en laissa la liberté aux autres !…
La première question à discuter était l’ « attitude du prolétariat dans la lutte électorale ». C’était le clan guesdiste qui dominait, et ils étaient, tous, des candidats en expectative. Dans mon rapport je concluais que tout l’argent dépensé à nommer des députés serait plus judicieusement employer à acheter de la dynamite pour les faire sauter ! » (Jean Grave : Le mouvement libertaire sous la troisième République)
Grave nous donnes une explication complémentaire, toujours dans ses mémoires : « L’ Egalité marcha avec le programme que nous avions accepté, sans se prononcé sur la question du vote. Cependant on pourrait poser des candidatures d’inéligibles. Aussitôt que l’amnistie fut votée (celle des communards), Guesde fila à Londres où il eut des conciliabules avec Marx et quelques-uns des réfugiés. De ces conciliabules il rapporta le fameux « programme minimum » qui, dans son préambule, affirmait que le seul moyen, pour la classe ouvrière de s’affranchir, était la révolution, le parlementarisme étant impuissant à transformer la société actuelle en une société d’égalité et de liberté. Or, ce n’était que de la confiture pour faire avaler la pilule électorale. Le Parlement ne pouvait pas grand-chose, mais, enfin, il y a certaines réformes possibles. On devait voter pour les candidats qui acceptaient les « considérant » en tête de leur programme, les défenseurs du dit programme à de certaines réformes plus ou moins empruntées aux radicaux. »
L’ Egalité publia ce programme, le faisant sien. Pour une volte face, s’en était une. Dégoûté, à la réunion de la commission administrative suivante, je donnai ma démission fortement motivée. Ma confiance en la sincérité de Guesde était fortement ébranle. »
D’après Maitron (Le mouvement anarchiste en France) les anarchistes représentaient trois groupes sur quarante présents. Il est en cela plus généreux que le rédacteur du journal Le Havre ( du 20 juillet) qui donne une trentaine de groupes. (D’après Le Havre du 22.08.1880 exactement 32 dont 7 Cercles d’études sociales certains composés de seulement huit membres). Les deux chiffres peuvent paraître faible et on devine que le deuxième est intentionnellement bas. C’est que au niveau local parisien les Modérés se sont regroupe face à l’ « Union fédérative du Centre » dans une « Union ouvrière » visant à réunir les Chambres syndicales, parisienne d’abord, et ensuite nationale. Cette Union appellera à manifester le 14 juillet 1880, et à l’occasion de cette manifestation ses initiateurs commettront une erreur de jugement qui sera lourde de conséquence pour leur tentative. En effet ils enmenèrent la manifestation en délégation au Ministère de l’Intérieur… Or, les ouvriers, même modérés, avaient une saine méfiance de tout ce qui était « officiel » Cette démarche influera sur la suite des événements.
On est en droit de se poser des questions sur le choix de l’adhésion de la Fédération havraise au Congrès du centre ; en fait rien n’interdisait la participation soit au congrès du Nord soit à celui de l’Ouest. La venue de Drouet à Paris ressemble plus à une déclaration de guerre qu’à une volonté de débattre. En effet dès la deuxième séance Drouet prenant prétexte les théories révolutionnaires développées durant le débat sur la représentation aux corps élus provoque un incident en déposant, avant de se retirer, une motion mettant en causes les opinions émissent dans l’assemblée.
Il s’en suit dans la presse national et locale une campagne de dénigrement qui par certains côtés annonce ce que sera la période dite des « attentats anarchistes »
Localement la manipulation médiatique est rapidement manifeste ; du 20 au 31 juillet ce sont des articles quotidiens en première page et sur plusieurs colonnes signés de Claude Santallier directeur gérant du Havre qui donne un ton volontairement apocalyptique à ses écrits où l’on apprend que « sous le masque d’anonyme s’avance de redoutable émeutiers ».
Mais cela n’empêche pas l’étoile de Lyonnais de pâlir. L’idée de conseils d’arbitrage et de conciliation est combattue par les patrons eux-mêmes qui s’organisent pour résister aux Chambres syndicales ouvrières. En juillet cela fais huit mois que les ouvriers couvreurs, plombiers-zingueurs ainsi que les charpentiers ont engagés des discussions qui s’éternisent. Le 3 juillet les la Chambre syndicales des couvreurs, plombiers zingueurs se réunis pour envisager la grève. Lyonnais présent les abjure de n’en rien faire dans un pathos qui mérite d’être reproduit : « Il ne faut pas désespérer d’arriver à une entente avec les patrons, mais même si toutes vos tentatives de conciliation devaient rester sans résultat, au nom de la paix publique et de l’amour que nous portons tous à la République, je vous demanderais de repousser toute idée de grève. Nous sommes dans un moment ou l’union la plus étroite s’impose à tout républicain, la contre révolution relève la tête… Celui qui dans ces conjonctures et à la veille de la fête nationale créerait des embarras au maire, au gouvernement en apportant un nouvel élément d’agitation serait coupable de forfaiture envers la République. Chers camarades, subordonnez tout à la conciliation et pas à la grève, je vous le demande au nom de l’union républicaine. » Malgré des « murmures et mouvements prolongé » la majorité s ’incline et repousse la grève. (Le Havre 4 juillet 1880)
Le 26 juillet les charpentiers en bâtiment n’écoutant plus les conseils de modération se mettent en grève. Son déroulement et sa durée -38 jours- supposent une bonne préparation. Un article du 27 août dans Le Havre fait le point sur son déroulement. La solidarité des autres localités aura été sans faille et après avoir constaté que la grève s’accomplissait sans l’ombre d’un désordre et le journal indique que parmi les grévistes certains ont trouvé de l’emploi ailleurs et que les autres touchent une allocation et que la solidarité fonctionne dans des conditions absolument régulière. Sur la médiation de Jules Siegfried, maire du Havre une augmentation horaire de 5 centimes est finalement obtenue et le travail reprend le 4 septembre.
Ce mois de septembre va être riche en événements. Le 12 Le Journal du Havre révèle, par un communiqué du Syndicat des tailleurs de pierre, que l’intervention de Drouet et son esclandre avaient été programmés par Lyonnais. Sur cette révélation Drouet est exclu de son comité républicain et nombre de syndicats vont s’éloigner discrètement ou avec éclat
La commission de préparation du Congrès continue ses réunions de préparations et le 2 septembre fixe les conditions d’admission au Congrès. Elle reprend, en les complétant de conditions nouvelles, les conditions d’admission du Congrès de Marseille : seuls les groupes et cercles d’études sociales de plus de 25 membres pourront participer. Ce chiffre n’a rien d’anodine en effet dans ce temps là toutes associations de 20 adhérents et plus étaient soumises à l’ « agrément » des pouvoirs publics. Et cet agrément n’était jamais accordé à une association politique. La volonté d’éliminer les cercles d’études est d’autant plus patente que si les organisateurs avaient simplement voulu éliminer les associations « bidons » elle n’avait qu’à reprendre les dispositions de la commission d’organisation de Marseille qui étaient à la fois plus libérale et plus stricte qu’eux. En effet cette commission avait décidé que : « Dans les villes de moins de 1.000 habitants, les travailleurs non régulièrement constitués, réunis en nombre d’au moins 25 pourront envoyer un délégué par vingt-cinq et par fraction de 25. Dans les ville au dessus de 1.000 habitants, se nombre devra s’élever à cinquante au moins. Les travailleurs pourront envoyer un délégué par cinquante et par fraction de cinquante. » (C.R. du Congrès de Marseille page X)
Désormais c’est la lutte ouverte entre la commission d’organisation et la Région Centre. Tout comme s’accentue la cassure entre Lyonnais et ses partisans d’une part et les Comités républicains de l’autre malgré la venue de Gaston Floquet (président du conseil général de la Seine) et d’Yves Guyau.
Le 27 septembre l’animosité monte d’un cran de la polémique verbale on en vient aux violences. Dans une réunion publique succité par les comités républicains avec Paulard du journal Le Prolétaire et Massard de l’Egalité. Sous prétexte d’apporter la contradiction Lyonnais et ses partisans provoque un tumulte où des coups sont échangés.
Le 30 octobre une réunion des comités en vue de préparer les élections municipales examine les listes des futurs candidats.A l’unanimité les noms de Lyonnais et de son ami Onfroy sont repoussés.
Sur les quinze syndicats de la fédération locale sept seulement décident de participés au congrès ces défections réduisent sérieusement les forces de Lyonnais et ce n’est pas l’acceptation du Cercles d’Etudes Sociales Positiviste du Havre composé de douze personnes (malgré les règles qu’il a lui-même forgé !) qui le renforce. Drouet participera au congrès non en tant que représentant des voiliers mais uniquement comme membre de la commission d’organisation.

