D’UN DEVELOPPEMENT DURABLE QUI M’INTERPELLE

mardi 27 avril 2010
par Le Père Chat
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C’est pas parce que j’ai été, un court moment, chroniqueur au journal Détective, ancienne façon, au début des années 70, ou encore auteur du sulfureux livre Jean-Paul II : Tours – Reims, 1996 (Le Collectif Contre la Venue du Pape à Tours : une démarche citoyenne)* que je me sens tout particulièrement interpellé par la propension à la pédophilie qui afflige ce jour d’hui la Sainte Eglise que l’on sait et bon nombre de ses Saints Serviteurs (S.S. !)

Il y a tout d’abord des choses qui me « sidérationnent » au plus haut point. Une ancienne étudiante éducatrice, aujourd’hui responsable d’un Centre de rééducation pour enfants instables et rencontrée récemment m’a fait part avec beaucoup de fureur et d’indignation du fait que, selon elle, « les Autorités de Justice et de Police demandent toujours des expertises de crédibilité pour les enfants abusés et rarement, voire jamais pour les adultes que l’on pourrait soupçonner d’une certaine culpabilité quant à la chose incriminée ».

Mais doit-on en être étonné ? C’est qu’on manque sacrément de connaissances en ce qui concerne les pouvoirs quasi hypnotiques des pervers. Et les pervers sont légion. Comme ils furent légion de tous temps ! Ce que l’on a, hélas ! coutume d’oublier et de « recouvrir » avec de plus ou moins « suaves » images d’Epinal. Aussi, en gros, comme Balzac (Honoré de…) avait raison de dire : « Il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne… Puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements, une histoire honteuse ». (1) Moi qui fus un très éphémère pornographe (dans le sillage de Tonton Georges, de Guillaume Apollinaire, de Louis Aragon et quelques autres, leur talent en moins, bien sûr !) au temps de ma jeunesse folle et à cause de mauvaises fréquentations (j’étais, en effet, à vingt ans, l’un des potos de feu Alain Fournier (2), l’auteur du fameux roman Le grand môme, paru chez Gallimard, en 1977, à la fin de l’autre siècle donc !), j’ai su très tôt, dès le début des années 70, qu’il existait des films qui se vendaient très cher sous le manteau, des films sadomasochistes dits hard qui pouvaient aller jusqu’à la mise à mort réelle d’enfants, et que ces abominations inhumaines permettaient un commerce on ne peut plus lucratif pour des crapules et/ou ordures innommables qui pouvaient même ressembler comme deux gouttes d’eau, de temps à autre, à des notables bien installés dans les Affaires, dans la Finance, dans la haute Administration, dans la Classe politique au sens large, dans le Show biz’ et que sais-je encore, enfin des gens au-dessus de tout soupçon, quoi !…

Or, on peut savoir de plus en plus, par Internet par exemple, que certains magistrats vont même jusqu’à « couvrir » certains cas de pédophilie dans lesquels sont « mouillés » tel ou telle collègue de la magistrature. Le juge Eric de Montgolfier, fidèle à son Devoir de Déplaire (3) fut d’ailleurs assez prolixe sur ces questions à une certaine époque. Pour cet homme intègre et professionnel de la Justice exemplaire (ça existe, j’ai même eu la chance et l’honneur d’en fréquenter un autre dans ma chienne de vie !), une prise de conscience collective s’impose à ce propos.

C’est pourquoi tout citoyen, toute citoyenne doit avoir le courage de parler et de briser la loi du silence pour entraver au mieux cette barbaralisation (4) qui se « modernise » et se développe… « Durablement » ? Mais nous aurions bien tort de croire que ces turpitudes ne seraient que de notre époque et marqueraient une sorte de régression de l’humanité en parallèle avec des progrès technocratiques et scientistes sans précédent. Souvenons-nous, à titre d’exemple révélateur parmi une foultitude d’autres, que les papes Borgia ont été de redoutables canailles sans foi ni loi et, sans le moindre soupçon d’éthique, avec des mœurs complètement dissolues.

Mais en évoquant « les Borgia », ce pluriel ne doit aucunement nous abuser puisque deux papes seulement ont appartenu à la famille des Borgia, en réalité « Borja », nom porté par des Espagnols de Catalogne. Le premier, Alonso de Borja fut le 207ième pape sous le nom de Calixte III et régna trois ans sur le trône de Saint Pierre, de 1455 à 1458. Selon José Versluys dans son Essai de démystification intitulé De Jésus et d’autres fantômes, (5) ce Calixte III « ne peut être trop néfaste en trois ans de pontificat (…) Son méfait principal est d’avoir, parmi les très nombreux parents qu’il importe d’Ibérie, fait cardinal (…) son neveu Rodrigo. Ce futur Alexandre VI est déjà notoirement dévergondé ». (6) De plus, en nous remettant de nouveau à José Versluys,« Avant d’être élu, il (Rodrigo Borgia ou Borja) a patiemment construit sa fortune, qui devient immense. Sous les cinq papes précédents, il amasse les châteaux, les abbayes, les évêchés, les cités même qu’il distribuera (en partie) pour acheter les votes de ses compères cardinaux. Rien ne l’arrête, rien ne l’effraie pour pomper le fric ». (7)

Ce qui fait que lorsque ce Rodrigo devient le pape Alexandre VI pour dix ans, de 1492 à 1503, « il a déjà quelques maîtresses attitrées et de beaux enfants. Il vient d’avoir une fille toute neuve : Laure. Elle ne sera pas son dernier rejeton, lequel naîtra bien plus tard, quand ce pape aura soixante-six ans ». (8)

Le fils aîné du pape s’appelle César, mais c’est Juan son préféré. De ses filles, sa préférée est Lucrèce. Et puis… on sait s’amuser à cette époque chez Monsieur le Pape Alexandre VI à la Cour du Vatican… José Versluys nous le rappelle au détour de son récit, sans fioritures, sans circonlocutions superfétatoires. Jugeons-en : « Maître Burchard enregistre, avec tous détails, une autre fête particulièrement réussie. Cinquante courtisanes dansent, nues, devant autant de cardinaux et, pour spectateurs, le personnel. Ensuite, pour vraiment bien émoustiller les saints dignitaires, le pape lance des bonbons. Les filles doivent les ramasser à quatre pattes, en se servant de « tout », sauf des mains. Parfaitement mis en état, MM. Les Princes de l’Eglise se ruent sur les croupes déverrouillées. Lucrèce compte les coups et distribue des prix. Parfois on bat les cartes pour une partie de trente et un, jeu à la mode. Le nom désigne bientôt une récréation différente, après une joyeuse initiative de César.

Lucrèce fut traitée de chienne par un cardinal bougon. César capture la maîtresse du cardinal, la fait lier sur une planche hérissée de clous, la viole ainsi sous les yeux de sa sœur, se félicite de n’avoir jamais auparavant éprouvé pareille volupté. Généreux, il invite à l’imiter tous les hommes présents dans son palais. Ils étaient trente et un ». (9) Dans le fond, les « amusements » à la Cour du pape Alexandre VI avaient une certaine ressemblance avec ceux que certains G.I. américains ont eu tendance à connaître et pratiquer à Guantanamo ou autre camp du même genre. Cela est quand même des plus grave de voir que l’irrespect de l’autre, de l’étranger, l’instrumentalisation de la personne, du collègue et/ou du voisin poussés à l’extrême deviennent monnaie courante au jour d’aujourd’hui sur la Planète-Village (P.V.).

Après trente-cinq ans d’enseignement et d’interventions en Sociologie des Organisations et en Analyse Institutionnelle, essentiellement dans le travail social, j’ai pu mesurer combien, dans nombre d’établissements du social et toutes proportions gardées, bien sûr, les grandes valeurs que l’on fait toujours semblant d’afficher dans le secteur de l’aide et de l’accompagnement ont perdu tout pouvoir de prégnance sur les individus aux niveaux pratique et existentiel.

C’est que les outils de l’analyse institutionnelle, hein ! feu Cornélius Castoriadis (10), hein ! feu Georges Lapassade (11), hein ! feu René Lourau (12), et quelques autres toujours en vie, ne sont tout de même pas faits pour les chiens… Le Père Chat (pcc : Gérard Lecha).

Notes • Op. cit. Préface du Professeur Georges JEAN, Editions Acratie, L’Essart, 86310 La Bussière, 1998.

(1) Citation apparaissant sur la quatrième de couverture du livre de Jacques PLONCARD D’ASSAC intitulé Le secret des Francs-Maçons qui parut en 1979 aux Editions de Chiré, lesquelles pour être chouannes ne déversent pas que des contre-vérités.

(2) Alain FOURNIER-CAMILLE-D.-G. (1947 à Tours-2004 à Paris) Directeur Littéraire très jeune à la Jeune Force Poétique Française, à Tours, de 1966 à 1971, il fut une figure majeure du Mouvement et de l’Ecriture autobusiaques dans les expérimentations J.F.P.F. de l’époque, de 1967 à 1971. Il connut une certaine célébrité pendant la décennie 1970-1980 avec la parution d’une bonne douzaine de romans policiers dans la Série Noire aux Editions Gallimard.

Toujours romancier, il fut aussi journaliste à Minute et à Rivarol, une presse pas neutre du tout, et… c’est bien le moins qu’on puisse dire ! Pour l’anecdote, pourquoi ne pas dire que je fus aussi très humblement le sous-nègre d’Alain CAMILLE-D-G, en 1973, pour écrire sur la vie de Jo ATTIA ? C’est pourtant la vérité vraie et il y a prescription ou peu s’en faut ! Mais quand la maison Gallimard publia le livre signé Nicole ATTIA, et intitulé Jo ATTIA, mon père, au deuxième trimestre 1974, je devais m’apercevoir que mon tapuscrit avait été solidement « caviardé » et, plus d’une fois, comment dire ?… Oui, c’est cela : « retravaillé » et, en un mot comme en cent mille, puisque « Au début était le Verbe … » et que cela continue ni plus ni moins, « réécrit » afin que certaines vérités gênantes ne… débordent surtout pas.

Il n’empêche que l’expérience fut, pour moi, loin d’être inutile. Les documents que je devais rewriter, (en français dans le texte) ont, en effet, suffi pour me convaincre à jamais que grand banditisme et haute politique politicienne ne sont pas des parallèles qui ne se rencontrent jamais. Bien au contraire…

Mais Alain FOURNIER-CAMILLE-D.-G. se moque bien de tout cela aujourd’hui et l’on peut toujours fantasmer qu’il échange littérature dans la joie et la bonne humeur avec ses deux voisins de cimetière, à Véretz, près de Tours, à savoir –honneur aux Anciens !- avec le pamphlétaire et helléniste Paul-Louis COURIER (1772-1825) et, peut-être se sont-ils rencontrés quelque jour, je ne saurais dire oui ou non, avec le poète et vigneron Eugène BIZEAU (1883-1989). Pour ce dernier, excusez-moi du peu : c’est la Poésie ou c’est la Vigne qui conserve (P.V.) ?

(3) Le devoir de déplaire est un livre-document paru aux Editions Michel Lafon, en 2006. « Incorruptible, impartial, déterminé, Eric de MONTGOLFIER, procureur de la République, n’a qu’une ambition : faire respecter la loi et donc les citoyens qu’elle protège » révèle, entre autres, la quatrième de couverture. A lire ce genre de livre, ce genre de documentation, on se sent moins seul…

(4) « Barbaralisation » est un néologisme fabriqué par votre serviteur en faisant copuler « barbarie » avec « civilisation » avec le souci d’exprimer un mouvement perpétuel et apparemment inéluctable. L’Académie Française ne s’y est pas encore intéressée à l’heure actuelle, mais je ne désespère pas… (5) Les Presses du Midi éditeur, 1997, Toulon.

(6) Op. cit. p. 240.

(7) Op. cit. p. 241.

(8) Op. cit. p. 243.

(9) Op. cit. p. 245.

(10) Cornelius CASTORIADIS (philosophe, psychosociologue, psychanalyste), né à Constantinople, en 1922 et mort à Paris, en 1997. Entre autres ouvrages d’importance, il est l’auteur de L’institution imaginaire de la société, paru au Seuil, en 1975. C’est un ouvrage difficile d’accès, assurément, mais, à mon très humble avis, indispensable pour tout socianalyste entrant dans la carrière.

(11) Georges LAPASSADE (philosophe, sociologue et psychosociologue), né à Arbus dans le Béarn, en 1924, et mort à Stains, en 2008. Il fut un théoricien et un praticien de l’observation participante et l’un des piliers de l’Université Paris VIII. L’analyse institutionnelle lui doit beaucoup.

(12) René LOURAU (professeur de sociologie, de sciences politiques et de sciences de l’éducation à l’Université Paris VIII), né à Gelos dans les Pyrénées Atlantiques, en 1933 et mort d’un infarctus dans un train entre Rambouillet et Paris, le 11 janvier 2000. Il fut un grand praticien et grand théoricien de l’analyse institutionnelle. Son livre Le Journal de recherche (Matériaux d’une théorie de l’implication), Méridien Klincksieck, 1988, est, à mon très humble avis, à conseiller à tout chercheur en sciences humaines qui se respecte.

ADDENDUM * Un lecteur qui a été particulièrement intéressé par mon précédent papier sur La Paternelle (en Indre-et-Loire) dans le dernier Libertaire m’a fait savoir qu’il avait regretté mon désintérêt pour le nom de l’ancien propriétaire du Château de Mettray et du terrain vendu à la Paternelle. En effet, il lui semble important de savoir que l’ancien propriétaire était un certain Louis Herman Bretinnières de Courteilles, dans la mesure où ce monsieur avait été le condisciple au Lycée Condorcet d’un certain Monsieur de Metz, et que ce dernier, après avoir été Conseiller général à la Cour des Comptes avait été le premier Directeur de la Colonie pénitencière de Mettray, à partir de 1839.

Ce précieux informateur m’a également précisé que, concernant les « pensionnaires », ceux qui avaient été condamnés par la Justice étaient considérés comme discernants et restaient plus ou moins longtemps à la Colonie, mais ceux qui n’avaient pas été condamnés et qui entraient quand même à Mettray étaient considérés comme non discernants et restaient, eux, beaucoup plus longtemps. Mon informateur n’ayant pas souhaité être nommé, c’est donc anonymement mais néanmoins chaleureusement que je tiens à le remercier pour cet enrichissement de mes propos du mois dernier concernant cette Paternelle qui ne semble guère avoir de secret pour lui.


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