huitième journée

dimanche 6 juin 2010
par Jean-Pierre
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8ième séance (dimanche)

Bureau : Vautier (Havre) président, Gruhier (Paris), Turpin (Rouen), assesseurs ; Pascal (Nord), Scholastique (Paris, secrétaires.

A la séance d’hier, le Congrès a abordé la série des résolutions qu’il est appelé à prendre. La réunion a été très animée et les rapports vivement discutés, du moins en ce qui concerne les conclusions. A peu d’exceptions près, chaque paragraphe a donné lieu à des débats longs et fastidieux, qui ont pris des proportions telles que nous nous sommes vus dans l’impossibilité de les suivre.

Plus de vingt orateurs se sont présentés à la tribune et c’est à onze heures seulement qu’on a achevé le vote sur les conclusions du rapport présenté par le citoyen Moret (Paris sur la première question qui figurait au programme du Congrès :

Le salariat.

Les points qui ont soulevé le plus de contestations sont : le droit d’association, l’admission des Chambres syndicales aux adjudications des travaux publics ; la question des prud’hommes, le travail de nuit, la question des caisses de secours et enfin la suppression du travail dans les couvents.

Il serait intéressant sans doute de donner une analyse des observations qui ont été présentées sur ces diverses questions et qui éclairent complètement ou modifient dans une certaine mesure les résolutions qui ont été prises, mais au milieu de la confusion qui a régné pendant la discussion, il était matériellement impossible de saisir la portée des déclarations qui ont été faites.

Ces réserves faites nous nous bornons à reproduire aussi exactement que possible les résolutions qui ont été votées sur le salariat, et que résument les vœux exprimés par le Congrès :

Abrogation de toutes les lois restrictives sur les associations.

Liberté absolue de toutes association ouverte et publique, laissant aux intéressés la faculté d’adopter telle forme qui leur conviendra.

Reconnaissance des Chambres syndicales comme personnes civiles, et leur admission aux adjudications des travaux publics.

Révision de la loi sur les prud’hommes ; leurs jugements seront rendus exécutoires dans les trois jours ;

Suppression des bureaux de placement et leur remplacement par les bureaux des Chambres syndicales

Admission des Chambres syndicales à déposer dans les enquêtes législatives officielles.

Fixation de la journée à dix heures au maximum.

Suppression du travail de nuit, sauf dans les usines à feu continu.

La suppression des livrets.

Une surveillance active du travail dans les ateliers, usines, manufactures ; les inspecteurs et inspectrices devant être pris parmi les ouvriers et ouvrières des Chambres syndicales ouvrières.

La suppression des impôts de consommation, des impôts indirects, suppression de l’octroi ;

La création d’un impôt unique sur le capital fixe, établissement d’un nouveau cadastre.

L’irréductibilité des salaires sous forme de retenue, amende, etc. Approbation des règlements d’atelier par les chambres syndicales et prud’hommes.

Suppression de l’ingérence des patrons dans l’administration des caisses de secours. Interdiction légale aux patrons, d’obliger leurs ouvriers à faire partie de la caisse de secours de leurs maisons. _______

La Femme

Le rapport du citoyen Dautier (Paris), sur la propriété, ayant été réservé pour la séance suivante, le rapporteur de la commission sur la question de la femme, le citoyen Vallet, a lu un rapport qui conclu à l’égalité de l’homme et de la femme au point de vue civil ; mais réserve la question des droits politiques.

Ici encore la discussion a été très animée, la citoyenne Keva notamment a très chaleureusement défendu les droits politiques de son sexe, elle n’a obtenu gain de cause que sur un seul point : le droit de prendre part aux affaires communales.

Voici d’ailleurs , le texte des conclusions adoptée par l’assemblée :

La femme doit être l’âme de l’intérieur ; rester chez elle et n’en sortir que lorsque la nécessité absolue l’y force, c’est-à-dire lorsque veuve ou fille, elle se trouve livrée à ses seules ressources.

Nous devons empêcher par tous les moyens en notre pouvoir,la femme mariée à prendre une part quelconque du travail qui revient de droit à l’ouvrière proprement dite.

Nous devons empêcher l’homme d’accaparer les travaux et le emplois qui appartiennent à la femme, et réciproquement empêcher la femme d’enlever à l’homme le travail qu lui incombe naturellement ; Supprimer le travail industriel dans les ouvroirs, les couvents et les prisons, en attendant la suppression complète des couvents et ouvroirs cléricaux, ce qui doit être fait le plus promptement possible.

Le Congrès demande pour la femme les mêmes droits civils que pour l’homme, mais quant à ses droits politiques nous les reconnaissons au point de vue du droit,mais nous les limitons à une période éducative, convaincus qu’une législation démocratique facilitera son développement intellectuel.

Nous demandons aussi pour la femme le droit intégral au salaire sous la formule : A travail égal, salaire égal.

La femme ne doit jamais travailler, sous aucun prétexte, plus de huit heures, et avec un repos d’au moins une heure.

La femme aura voix consultative et délibérative au conseil communal pour tout ce qui concerne les questions d’instruction et d’éducation.

La police des mœurs étant une institution barbare et immorale au premier chef, nous en demandons la suppression immédiate ;

Nous demandons aux femmes de se former en syndicat le plus promptement et le plus largement possible, et pour cela nous devons lui prodiguer nos encouragements et nos conseils, lui assurer notre appui et lui procurer les ressources dont elles pourraient avoir besoin, par souscription ou de toute autre manière.

L’instruction et l’éducation de la femme doivent être absolument les mêmes que pour l’homme : laïque, gratuite et obligatoire. Elle doit pouvoir prendre part à tous les concours et examens nécessaires à l’obtention des brevets de capacité. __________