annexe (II)

mercredi 9 juin 2010
par Jean-Pierre
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(suite de l’annexe (I))

Depuis… Deux guerres mondiales et une révolution avortée plus tard force nous est de constater que l’ « émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes » est loin d’être réalisée et n’est plus portée que par des équipes certes réduites mais toujours présentes sur le terrain Nous voyons des militants orphelins du socialisme autoritaire « qui construisait le socialisme sur un sixième de la planète » à la recherche de nouvelles marques. Avec une constante dans l’erreur qui est le propre d’une volonté d’interpréter l’histoire pour la faire rentrer dans des schémas sécurisants pour certains esprits nous voyons apparaître un « syndicalisme révolutionnaire » que curieusement ils font naître en 1923 à une heure où Monatte oubliant un temps l’action directe, l’anti-étatisme et la condamnation des politiciens adhère au parti communiste !

Le coopératisme échouera lui aussi à abolir le salariat. Dans les années 70 du siècle dernier, au moment de l’affaire Lip les coopérateurs se vanteront bien de pouvoir faire une voiture coopérative. Mais cela n’ira pas plus loin et je n’aurais pas la lourdeur de dire pourquoi. Même les coopératives de consommation, alors qu’elles en avaient la capacité et les moyens, se montreront incapables de faire face à l’évolution de la consommation et à se poser en concurrents des grandes surfaces…

Les seuls vainqueurs provisoires semblent être les « modérés ». Mais, à moins de faire du syndicalisme sans syndiqués, tôt ou tard la réalité des antagonismes de classes refera surface.

Au fil du temps, car cela s’est étendu sur plusieurs décennies et avec méthode de la part des pouvoirs publics et du MEDEF, s’est formé un corps de 50 à 55.000 permanents syndicaux qui financièrement ne dépendent plus pour l’essentiel des cotisations syndicales mais de montages plus ou moins hasardeux avec la bénédiction de l’Etat et du MEDEF… Ce qui augure mal de leur indépendance vis-à-vis de leurs interlocuteurs lorsque viendront les inévitables affrontements liés à la lutte de classe là où elle est réalité et non vision idéale et nécessairement faussée par la composition hétérogène d’une section d’un parti politique voire d’un groupe spécifique.

Il faut là s’arrêter sur ce qui s’est produit dans les années 70/80 du XIXème siècle : l’émergence, en tant que « partis » distincts et constitués, des socialismes autoritaire et libertaire. Et voir leurs rapports divergents avec le syndicalisme. Je ne m’attarderai pas sur la volonté de subordination à leurs intérêts politiciens que les divers partis socialistes –tous issus du marxisme- ont au fil du temps réussi à imposer.

Seuls ici m’intéressent les militants anarchistes pour qui il serait bon qu’ils tiennent compte de leur histoire. Lorsque s’est fait la séparation la majorité d’entre eux a adopté la tactique de « la propagande par le fait » Très vite l’impasse a été évidente mais il faudra presque une décennie avant que cette tendance, soutenue en France par des militants essentiellement ouvriers et sur la base de lutte de classe, commence à être abandonnée. Si la constitution des partis politiques et du mouvement spécifique se sont faits en parallèles y a-t-il communauté de buts ? Là ait la question essentielle. Un parti politique rassemble, sur une base idéologique, des gens visant à prendre ou garder le pouvoir et toute stratégie conduit à subordonner le maximum de forces à ce but. Dans cette optique une organisation syndicale ne peut être que vassale d’un parti.

Un regroupement anarchiste recrute lui aussi ses adhérents sur la base des idées et tout comme pour un parti sa composition est hétérogène. L’abolition des classes sociales et de l’Etat qui les sous-entend est à mon avis la seule option valable pour les groupements spécifiques. Vouloir, pour eux, se réclamer de la lutte de classe conduit immédiatement à renouveler les erreurs anciennes, ou pire à singer les marxistes léninistes dans des plates-formes organisationnelles qui au bout du compte conduisent à des dérives qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’idéal libertaire. Le but n’est pas d’être une meilleure direction au mouvement syndical mais de faire du syndiqué non le sujet mais l’acteur de son émancipation.

Le mode de construction syndicale est tout différent. Ce n’est pas l’idée qui préside au rassemblement mais l’appartenance à une classe sociale celle des exploiteurs ou celle des exploités. Quelque soit le discours tenu ce qui apparaît immédiatement c’est l’antagonisme irréductible des forces en présence. Bref la lutte de classe non pas « idéologique » mais réel ! Mais ce principe unifiant se trouve en conflit avec le fait que tous les courants politiques et religieux -des plus anodins aux plus racistes- tous les comportements peuvent se trouver présents dans un syndicat. Si d’un côté la nécessité de l’union face à l’exploiteur apparaît primordiale, l’interprétation qui en est faite peut obéir à des rapports de force interne pas toujours clairement énoncés. Ainsi la « Charte d’Amiens » de 1906 est régulièrement réaffirmée par des militants qui se gardent bien de développer la partie constructive et libertaire de cette fameuse charte. Et pour cause : ils ne doivent pas se mettre en travers des intérêts de leurs accointances politiciennes !

Dire que le syndicalisme est en crise est un truisme. Pour autant peu acceptent de l’admettre. Dans cette situation intellectuellement bloquée pour certains, la perte de leurs repères traditionnels va rendre ardue leur évolution. Pour nous anarchistes qui nous réclamons du syndicalisme libertaire et/ou révolutionnaire, ces termes étant synonymes, la route tracée dès 1878 par Balivet reste d’actualité : …provoquer dans le sein même de la société actuelle l’organisation de la société libre de l’avenir ; de sorte que, le jour où le développement social amènera la mort de la société bourgeoise, la société nouvelle soit à côté toute prête pour la remplacer. Il n’y a pas d’autre alternative.

Jean-Pierre Jacquinot