Septième journée, lundi 21 novembre 1880

lundi 14 juin 2010
par Vincent Dubuc
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De la représentation du prolétariat aux corps élus (suite)


Ainsi que nous l’avons dit hier, le Congrès, dans sa séance de dimanche soir, n’avait pas pu épuiser la liste des orateurs inscrits sur la question de la représentation du prolétariat aux corps élus. Il a dû, en conséquence, tenir hier une séance de jour.

Le bureau était ainsi composé : président, le citoyen Calvaillié ; assesseurs, les citoyens Leguillanton et Denis ; la citoyenne Rouzade, les citoyens Kahn et Fauché.

Au nom des anarchistes qu’il représente, le citoyen Kahn recommande l’abstention et se prononce pour tous les moyens possibles pour faire l’émeute : refus de l’impôt et du service militaire, transformation de grèves en émeutes. Cependant, comme moyen de conciliation, ses amis les anarchistes et lui s’engagent à ne pas susciter d’émeutes jusqu’à après les élections de 1881, afin de laisser les collectivistes faire ces élections et de prouver que le suffrage universel n’est bon à rien.

Le citoyen Fauché se prononce pour l’action électorale et admet le programme minimum voté au Congrès du Centre.

Le citoyen Coupat se prononce dans le même sens.

Discutant les arguments du citoyen Kahn, le citoyen Marin pense qu’il faut attendre. Que ceux qui sont d’avis de refuser l’impôt donnent l’exemple d’abord. Provisoirement au moins, il ne croit pas à l’efficacité de ce mode d’action.

Le citoyen Baln ne repousse pas le programme minimum, mais il demande l’élaboration d’un programme qui vienne d’un Congrès national et non d’un Congrès régional.

Le citoyen Pluye admet le programme minimum.

Le citoyen Lehoux, de Rouen, est individualiste. Il demande la représentation du prolétariat aux corps élus après entente avec les groupes ouvriers.

Les citoyens Sanlaville et Ebrard déposent leurs rapports sans les lire. C’est peut-être ce qu’ils avaient de mieux à faire.

Séance du soir


L’assistance est redevenue fort nombreuse. Elle est très houleuse aussi, très bruyante et il semble que certaines personnes soient venue avec un parti pris d’interrompre.[pièce 101 parle de coup monté] Quelques-uns aussi semble avoir oublier plus que de raison les lois de la tempérance, et à ce propos, il n’est que vrai de reconnaître que les délégués, pendant leur séjour au Havre, ont donné l’exemple de leur bonne tenue, comme aussi dans leurs discussions, ils ont donné la preuve d’une éducation parlementaire très avancée et que pourraient leur envier nombre de ces bourgeois qui les méprisent de confiance et qui serait fort embarrassés s »il leur fallait soutenir publiquement leurs opinions, en admettant qu’ils en eussent de bien arrêtées. Si opposés que nous soyons aux collectivistes, si dangereuses que soient leurs doctrines déraisonnables, c’est une justice que nous aimons leur rendre.

Quoi qu’il en soit, la réunion d’hier a été fort agitée, surtout au début. A certains moments, le tapage est devenu tel que la séance s’est trouvé suspendue de fait pendant quelques instants. Il y a eu même quelques horions d’échangés et deux ou trois spectateurs trop bruyants ont été expulsés aux applaudissements de l’immense majorité de l’assistance, qui n’était pourtant rien moins que favorable aux collectivistes.

En reconnaissance des services qu’il avait rendus depuis l’ouverture du Congrès le citoyen Bazin a été élu président. Il avait pour assesseurs les citoyens Bolin et Franchissain. Le bureau était complété par la citoyenne Rouzade ; les citoyens Goulette, Fauché et Bestetti.

Connaissance est donnée par le citoyen Fauché des adresses sympathiques venues de Roanne, Bourges, Nîmes, Monceau lès Mines, Paris, St Etienne, Angoulême, Béziers, Reims, Vincennes, Montluçon, Cette et Lyon.

Résolutions du Congrès.


À la suite des séances publiques dans lesquelles le Congrès a examiné les différentes questions soumises à son examen, le Congrès a nommé des commissions spéciales chargées de formuler des propositions, dans le sens des opinions de la majorité des délégués présents. Ce sont ces propositions qu’il s’agit de ratifier par le vote de l’assemblée.

Ier Question. – De la Propriété


Le citoyen Kahn membre de la majorité (de la commission) est venu à la tribune donner connaissance du contenu du rapport, l’attitude de cet orateur qui avait gardé les mains dans ses poches fut rappelé aux convenances par tous les assistants. L’orateur répondit « Je garde mes mains dans mes poches. Andrieu, le préfet de police les gardes biens quand il ne va pas les mettre dans celles des autres. » [1]

Le rapport proposé au nom de la commission est ainsi conçu :

« Considérant qu’il n’y a d’émancipation possible pour les travailleurs que dans la possession de l’instrument et de la matière première ;

« Considérant que cette possession des moyens de production ne saurait être individuelle pour deux raisons : 1° parce qu’elle est incompatible avec les progrès et l’état actuel même de la technique industrielle et agricole (division du travail, machinisme, vapeur, etc.) ; 2° Parce que, ne fut-elle pas antiéconomique, elle ne tarderait pas a donner lieu à toutes les inégalités sociales d’aujourd’hui ;

« Considérant que cette possession ne saurait être davantage corporative ou communale, sans entraîner tous les inconvénients de la propriété capitaliste d’aujourd’hui, c’est–à-dire l’inégalité des moyens d’action entre les travailleurs, le désordre dans la production, la concurrence homicide entre les groupes producteurs, etc. ;

Le Congrès national ouvrier socialiste du Havre (4e session) déclare nécessaire l’appropriation collective, le plus vite possible, et par tous les moyens possibles, du sol, sous-sol, instruments de travail. Cette période étant considérée comme une phase transitoire vers le communisme libertaire. »

« Au nom des citoyens Lehoux, de Rouen, Fautras, de Tours, et au sien, le citoyen Goulette, de Nancy, présente un amendement qui reconnaît la propriété individuelle (nombreux et bruyants applaudissements dans le public.) Cet amendement, mis aux voix est repoussé par 53 non contre 3 oui.

La formule de la Commission est ensuite adoptée par 48 voix contre 7.  [2]

2e Question – du Salariat.


Au nom de la deuxième commission, la citoyenne Paule Minck donne lecture des conclusions suivantes :

Le Congrès national ouvrier socialiste réuni au Havre en 1880.

« Considérant que la réunion des délégués au 4e Congrès national socialiste ouvrier a reconnu qu’il n’y avait aucune réforme possible qui puisse non seulement changer mais même améliorer la position des salariés ;

« Considérant qu’il a été reconnu également que le seul moyen de transformer les conditions du travail est de supprimer entièrement l’organisation abusive du salariat, cette dernière forme de l’esclavage ;

« Considérant que la nouvelle organisation sociale ne peut avoir pour base que l’appropriation collective du sol ; sous-sol, instruments de travail ou de production ;

Déclare :

Que le seul but que doivent se proposer les salariés est d’arriver le plus tôt possible à cette transformation.

Pour atteindre ce but, le Congrès déclare que les travailleurs doivent s’organiser en parti entièrement distinct de la bourgeoisie, en formant le plus grand nombre possible de chambres syndicales, groupes, sociétés ouvrières, cercles d’études, ou toute autre forme de groupes révolutionnaires établis dans chaque localité, s’unissant par cantons et se fédérant par région.

« Considérant en outre, que pour arriver à leur affranchissement, il est nécessaire que les travailleurs aient le temps de s’occuper de leurs intérêts et de la chose publique., le Congrès conseille de faire de l’agitation pour la réduction de la journée de travail à huit heures.

Considérant en outre que les grèves sont les conséquences fatales de l’ordre social actuel et un moyen d’agitation, d’action et d’organisation, le Congrès invite les travailleurs à former dans toutes les villes, un comité permanent de grèves. Dans les localités où il y a des Comités fédéraux, ceux-ci pourront se constituer en Comité des grèves. Le Congrès invite aussi les travailleurs appartenant à des localités où la fédération des groupes n’est pas encore faite, de pousser à la constitution immédiate de cette fédération.

« Considérant enfin qu’il est urgent que le peuple travailleur sache que faire et comment s’organiser lorsqu’il aura conquis son affranchissement pour fonder la société nouvelle, la Commission du salariat propose de mettre à l’ordre du jour du prochain Congrès :

De l’organisation sociale au lendemain de la Révolution. »

Sans discussion aucune, ce rapport est adopté par 50 voix contre 2 et 4 abstentions. [3]

3e question – de la Femme.


Le rapport de la Commission conclut ainsi :

« Considérant que l’inégalité actuelle de femme est le fait de la classe bourgeoise qui n’agit ainsi vis-à-vis de la femme que parce qu’elle ne la considère que comme un instrument de lucre ou de plaisir ;

« Considérant qu’il appartient au Congrès de proclamer que la femme doit être l’égale de l’homme et posséder comme lui tous ses droits civils, politiques et économiques ; mais qu’il est impossible d’espérer que les détenteurs injustes de la richesse sociale consentent jamais à les accorder, les membres du Congrès ouvrier déclarent qu’ils n’attendent que de la Révolution sociale la consécration de l’égalité des deux sexes ;

Néanmoins il importe que pour atteindre ce but tous les socialistes emploient leur activités à persuader les citoyennes de la nécessité qui s’impose pour elles de s’associer pour réclamer leur émancipation afin qu’il soit démontré qu’elles entendent marcher avec les citoyens à la Revendication de leur droit par la Révolution pacifique si possible, violente si la bourgeoisie les y contraint. »

Aucune objection ne se produit non plus au sujet de la question de la femme et les conclusions du rapport sont adoptées par 52 voix contre 4 abstentions.

4e question – de l’instruction et de l’éducation.


Cette question, au contraire, a été fort débattue. La Commission s’était partagée en deux camps à peu près égaux, et deux rapports différents ont été soumis au Congrès. L’un d’eux, présenté par le citoyen Marin, délégué des instituteurs libres de la Seine, était ainsi conçu : « Le Congrès proclame : 1° L’éducation doit être intégrale ;

2° La société doit pourvoir à l’instruction des enfants des deux sexes jusqu’à ce qu’elle les ait mis à même de se suffire à l’aide d’une profession conforme à leur aptitude ;

3°L’éducation sera continué par des conférences fréquentes, faites dans toute les communes de France et traitant de tous les sujet scientifiques, politiques et économiques et par l’établissement de bibliothèques et de cours professionnels. »

D’autre part, la citoyenne Paule Minck, au nom du second groupe, concluait ainsi :

« Le Congrès du Havre

« Considérant la nécessité et le droit absolu pour tout être humain d’avoir le plus entier développement de toutes ses facultés ;

« Considérant que ce n’est que par l’instruction en commun que l’enfant apprendra le sentiment de l’égalité et la pratique des vertus civiques ;

« Considérant cependant que c’est par la femme-mère qu’il pourra être développé au point de vue des facultés affectives ;

« Considérant que cette éducation et instruction doit être donnée à l’enfant par la société à laquelle il appartient comme producteur et comme membre de la grande famille humaine.

« Le Congrès réclame :

1° L’instruction civile, intégrale et identique pour tous et pour toutes ;

2° Cette instruction doit être donnée par la collectivité jusqu’à ce que l’enfant ait atteint le degré normal du développement de toutes ses facultés ;

3° La première éducation doit être laissée à la famille à charge par la collectivité de pourvoir à l’entretien de l’enfant.

« Considérant en outre que l’instruction intégrale et égalitaire ne peut avoir lieu que dans la société transformée, déclare qu’il est urgent que cette transformation ait lieu le plus tôt possible, et pour y arriver engage les travailleurs à organiser dans toutes les localités des cours publics, conférences, à former des bibliothèques en vue d’aider le peuple à s’instruire et à se fortifier. »

« Enfin, pour bien édifié sur ce que doit être l’instruction dans la société transformée, le Congrès du havre propose de mettre à l’ordre du jour du prochain Congrès :

La transformation de l’instruction et de l’éducation. »

Des amendements assez nombreux sont présentés en divers sens. Nous citerons seulement celui du citoyen Goulette qui demande que « sans rien préjuger de l’avenir, le Congrès demande que le parlement accorde sans délai l’instruction gratuite, laïque et obligatoire. »

Cet amendement est accueilli dans l’assistance par une triple salve d’applaudissements ; mais il n’obtient pas le même succès parmi les membres du Congrès, et il est repoussé par 51 voix contre et 3 abstentions. Ce qui n’empêche pas le public de faire une ovation enthousiaste au jeune et sympathique délégué de Nancy.

Pendant près de cinq minutes, la séance est interrompue par les bravos et les cris répétés de vive Goulette !

S’ils savent observer, les délégués collectivistes ont pu juger par cet incident de quel côté sont les véritables sympathies du public du Havre, qui a applaudi tantôt sincèrement le talent des orateurs, tantôt ironiquement les théories les plus baroques, mais qui, dans cette circonstance, a manifesté vraiment son opinion par une tempête de bravos que la sonnette présidentielle était impuissante à conjurer.

On a mis ensuite aux voix les deux rapports contradictoires.

Celui du citoyen Marin a obtenu 26 voix pour, 17 contre et 12 abstentions ;

Celui de la citoyenne Paule Minck, 28 voix pour, 17 contre et 10 abstentions

En conséquence, les conclusions de la citoyenne Paule Minck sont adoptées.

5e Question – de la représentation du prolétariat aux corps élus.


Au nom de la cinquième Commission le citoyen Coupat donne lecture des résolutions suivantes.

Le Congrès national-socialiste-ouvrier du Havre.

« Déclare tenter une dernière expérience aux élections municipales et législatives de 81 et pour le cas où elle n’aboutirait pas ne retiendrait purement et simplement que l’action révolutionnaire.

« Le Congrès prend pour base aux élections de 1881 le programme minimum ci-dessous ; mais invite toutes les circonscriptions en mesure d’avoir un programme plus accentué à agir dans le même sens.

« Il est entendu que ce programme n’établit qu’une des formes de groupement et que le but constant du prolétariat est d’activer la Révolution par tous les moyens possibles ;

« Considérant Que l’émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sas distinction de sexe ni de race.

Que les producteurs ne sauraient être libres qu’autant qu’ils seront en possession des moyens de production ;

Qu’il n’y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir ;

1° La forme individuelle qui n’a jamais existé à l’état de fait général et qui est éliminé de plus en plus par le progrès industriel.

2° La forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste ;

« Considérant que cette appropriation collective ne peut sortir que de l’action révolutionnaire, la clase productive ou prolétariat organisée en parti politique distinct ;

« Qu’une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel, transformé ainsi d’instrument de duperie qu’il a été jusqu’ici, en instrument d’émancipation.

Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts, dans l’ordre économique, le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé, comme moyen d’organisation et de lutte, d’entrer dans les élections avec le programme minimum suivant :

A — Programme politique.

1° Abolition de toutes les lois sur la presse, les réunions et les associations et surtout de la loi contre l’association internationale des travailleurs, - suppression du livret, cette mise en carte de la classe ouvrière et de tous les articles du code établissant l’infériorité de l’ouvrier vis-à-vis du patron.

2° Suppression du budget des cultes et retour à la nation des biens et immeubles appartenant aux corporations religieuses (décret de la Commune du 2 avril 1871). Y compris toutes les annexes industrielles et commerciales de ces corporations.

3° Armement général du peuple ;

4°La Commune maîtresse de son administration et de sa police et de toutes les fonctions publiques rétribuées.

B – Programme économique :

1° Repos d’un jour par semaine ou interdiction légale pour les employeurs de faire travailler plus de 6 jours sur 7. – Réduction légale de la journée de travail à 8 heures pour les adultes. Interdiction du travail des enfants dans les ateliers privés au-dessous de 14 ans et, de 14 à 18 ans, réduction de la journée de travail à 6 heures. – Surveillance des apprentis par les corporations ouvrières.

2° Minimum légal des salaires déterminé chaque année d’après le prix local des denrées.

3° Egalité des salaires pour les travailleurs des deux sexes.

4° Instruction scientifique, professionnelle et intégrale de tous les enfants mis pour leur entretien à la charge de la société représentée par l’Etat et par les Communes.

5° Mise à la charge de la société des vieillards et des invalides du travail.

6° Suppression de toute immixtion des employeurs dans l’administration des caisses ouvrières de prévoyance, etc., restituées à la gestion exclusive des ouvriers ;

7° Responsabilité de patrons en matière d’accidents, garantie par un cautionnement versé par l’employeur et proportionné au nombre des ouvriers employés et aux dangers que présente l’industrie :

8° Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers ; suppression du droit usurpé par les patrons de frapper d’une pénalité quelconque leurs ouvriers sous formes d’amendes ou de retenues sur les salaires. (Décret de la Commune du 27 avril 1871.)

9° Révision de tous les contrats ayant aliéné la propriété publique (banque, chemins de fer, mines, etc.), et l’exploitation de tous les ateliers de l’Etat confiée aux ouvriers qui y travaillent.

10° Abolition de tous les impôts indirects, et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3.000 fr., - Suppression de l’héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20.000fr.

11° Cessation absolue de l’aliénation des propriétés foncières par les communes ou l’État.

12° Affectation par les municipalités des fonds disponibles à la construction dans tous les terrains appartenant aux communes, de bâtiments de natures diverses, tels que maisons d’habitations, bazars de dépôts, pour louer sans bénéfice aux habitants. »

A la suite d’une discussion fort longue et assez diffuse, au cours de laquelle se produisent de nombreux amendements successivement repoussés, le Congrès adopte par 43 voix contre 10, le rapport de la Commission.

 [4]

Une discussion non moins longue se produit du choix de la ville dans laquelle se tiendra, l’année prochaine, le 5ième congrès national ouvrier socialiste de France. Les noms des villes de Moulins, Saint-Étienne, Reims, Lille et Cette sont successivement mis en avant.

Enfin, trois heures du matin sonnant, c’est le nom de la ville de Reims qui finit par triompher.

C’était autrefois les rois qui allaient se faire sacrer à Reims. Aujourd’hui ce sont les socialistes qui vont y tenir leurs assises.

Sic transit gloria mundi.

L’épilogue du Congrès.


Après avoir choisi la ville où se tiendra le prochain congrès national, les délégués ont décidé quelles y seraient les conditions d’admission. Tout groupe d’au moins 19 ouvriers, constitués depuis au moins trois mois pourra envoyer un délégué. Jusqu’à 300 membres, chaque groupe n’aura droit également qu’à un délégué ; de 300 à 600 deux délégués. Ainsi de suite.

Il a été procédé ensuite à l’élection de la commission chargée d’exécuter les résolutions du Congrès. Cette Commission, composée de 13 membres, comprend les délégués suivants : Bolin, Berthaud, Boguet, Chambonnet, Colliot, Fauché, L’hernault, Marin, Ménard, Pelen, Pluye et Robelet de Paris, et le citoyen Quéran de Troyes.

Cette Commission est chargée de faire imprimer le compte rendu aussi détaillé que possible des séances du Congrès.

Le sujet général du prochain Congrès de Reims sera : Ce que doit être la société au lendemain de la Révolution.

Un des drapeaux rouges, qui garnissaient la salle, a été donné à un groupe de citoyens Havrais qui avaient aidé à l’organisation du Congrès. A cette occasion a eu lieu une petite réunion intime dans laquelle ont été échangées des protestations de sympathies et de dévouements.

La séance commencé à huit heures du soir, n’a été levée qu’à sept heures du matin, aux cris de : « Vive la Révolution sociale ! »

La séance s’est terminée par la lecture du rapport général embrassant tous les travaux du Congrès pendant sa session du Havre.

Comme je l’ai dit plus haut, la soirée a été très orageuse, il y a eu lutte entre les délégués chargés de faire la police de la salle, et des perturbateurs soutenus par leurs amis qui ont refusé obstinément de sortir, il n’y a eu personne de blessé.


[1] Pièce 101

[2] pièce 101 : 53 voix pour, 3 contre, pièce 102 : 49 voix pour, 7 contre, 3 abstentions

[3] pièce 101 : 50 pour, 2 contre, 4 abstentions, pièce 102 : 50 pour, 2 contre, 7 abstentions

[4] Ce rapport soulève beaucoup de contestation de la part de plusieurs membres du Congrès qui présentent plusieurs amendements. Il n’en n’est pas moins adopté par 28 voix contre 17 et 10 abstentions.] [pièce 102 : 28 pour, 17 contre, 6 abstentions [[Pièces 101