A propos de Proudhon(2)
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En janvier 2009 la commémoration du bicentenaire de la naissance de Proudhon est quasi passée inaperçue. Et pourtant s’il est une personnalité qui domine la pensée anarchiste, c’est bien lui. Pour moi la découverte de cette pensée puissante et singulière remonte à mes tous débuts dans la vie militante. La bibliothèque de mon syndicat avait la particularité de contenir les œuvres complètes de P-J Proudhon ! Ajoutez à cela une équipe de syndicalistes formée dans l’autonomie défendant hargneusement leur indépendance en face d’une équipe qui pour eux n’était que la continuité de la CGT « urnitaire » de l’entre deux guerres. On ne pouvait pourtant pas les accuser de sectarisme : il y avait aussi dans la bibliothèque un abrégé du Capital rédigé en son temps par Carlos Cafiero.
Dire que j’ai tout lu serait un mensonge,une pensée comme celle de Proudhon, toujours en mouvement, ne s’appréhende pas facilement et peut-être aurais-je abandonné si les conseils de quelques compagnons ne m’avaient guidé Aussi je profite de ces quelques lignes pour conseiller (à mon tour !) la lecture en priorité de « Qu’est-ce que la propriété, De La Capacité des Classes Ouvrières, d’Idée sur la Révolution au XIXième siècle, Des Confessions d’un Révolutionnaire ». Tous ces ouvrages sont accessibles sous Galica.fr. le serveur de la BN.
Chercheur plus qu’homme d’action à son propre aveu il a souvent évolué au point de donner à l’observateur superficiel,l’impression de se contredire. Pourtant des lignes constantes relient Qu’est-ce que la Propriété ? et sa fameuse conclusion « la propriété c’est le vol ! » aux œuvres de la maturité et à ses propositions finales. Sa réflexion sur la révolution de 89 et de l’égalité politique remplaçant les castes et Etats d’Ancien Régime l’amène au constat que sans égalité économique la liberté politique n’est qu’un leurre. Or cette égalité économique ne peut s’appuyer que sur la propriété,que la possibilité, pour certains, de pouvoir l’accumuler amène à devenir à son tour négation de l’égalité politique pourtant proclamée. Avec le temps à la notion de propriété droit « d’user et d’abuser » il opposera l’idée de la possession non cumulative et de l’organisation de l’échange- circulation de cette propriété-possession. Ses prises de positions à contre courant sur les luttes de libération nationaliste de son temps notamment sur l’Italie et la Pologne lui aliéneront nombre de sympathies dans le monde ouvrier. Mais relire son argumentation montre que son opposition n’était pas sans fondement. Que pouvait valoir le combat de politiciens partisans de l’indépendance nationale de la Pologne par ailleurs refusant l’émancipation des serfs ? De la marche irrésistible d’un Garibaldi dans le midi de l’Italie réprimant les mouvements sociaux nés de l’espoir que lui-même avait fait naître ? Sa réflexion, renforcée par ses propres observations sur le terrain, sera pour beaucoup dans l’évolution de Michel Bakounine et de toute façon doit être lu dans l’optique fédéraliste libertaire qui est la sienne.
Ce sera peut avant sa mort en 1865 dans un ouvrage (De La Capacité Politiques des Classes Ouvrières) écrit pour répondre aux interrogations d’ouvriers de Rouen et de Paris qu’il va préciser sa pensée et appeler les travailleurs à créer un parti distinct de la bourgeoisie non pour participer aux vaines joutes parlementaires mais pour créer les conditions de leur indépendance économique au travers de sociétés ouvrières et en organisant l’échange et le financement par le biais de banques du peuple.
C’est cette idée qui triomphera dans les premiers congrès de l’ Internationale au grand dam de Karl Marx. D’abord portée par des proudhoniens de la stricte observance puis reprise et élaguée de tout ce qui était utopique par les Jurassiens et les militants de la section française. Après l’écrasement de la Commune la proposition sera reprise par la fédération de Bourses du Travail et la CGT,celle d’avant 1914, bien sûr. Je n’ai pas dans ces quelques lignes la prétention d’avoir tout dit de la pensée de P-J Proudhon et j’espère seulement avoir attiré votre attention sur celui que Michel Bakounine, s’adressant aux travailleurs du Val de Saint-Imier, appelait « notre père à tous ».
Jean-Pierre jacquinot

